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| Carte postée en 1924. La statue de Verhaegen est au centre de la cour. Deux portes - ou plutôt grilles - donnent sur celle-ci. |
"A une heure, précise le quotidien libéral "La Meuse, journal de Liège de la Province" du 21 novembre 1884, la Brabançonne exécutée par la musique des pompiers, annonce l'arrivée de M. Buls. [...] Le discours qu'il prononce d'une voix très-claire soulève un enthousiasme général, alors surtout qu'il dit avec chaleur que nous nous efforçons de combattre la théocratie qui chercher à étouffer la science [...]
Au terme des longs discours, auxquels le public assiste debout, "un silence se fait" nous dit "La Réforme" : "M. de Parmentier apporte le nouveau drapeau des étudiants. Cette bannière bleue est par sa couleur le symbole du libéralisme, par ses emblèmes ceux de la science, aux coins se détachent en broderies d'or les insignes des Quatre Facultés et un flambeau éclate au milieu de l'étendard symbolisant la lumière et le progrès. Une vive émotion suivie de vivats prolongés salue le nouveau drapeau.
"La Meuse" poursuit sa description des festivités : "Commencée à 12 heures, la cérémonie ne s'est terminée qu'à 3 1/2 heures. Le cortège se forma alors sur la Grand'Place au milieu d'une grande affluence de curieux. En tête la musique des pompiers et les drapeaux, puis les autorités communales et académiques, les anciens étudiants, enfin, la Fédération des étudiants et leurs frères de l'étranger.
On se mit en marche sur le nouvel hymne à l'Université, fort bien composé. Les groupes d'étudiants entonnèrent des choeurs de circonstance, cela va sans dire : Brabançonne, Marseillaise, voire l'ô Vandenpeereboom. Beaucoup de monde rue de la Madeleine, que la tête du cortège quittait quand la queue s'y engageait seulement.
A l'Université, la plaque commémorative en l'honneur de Verhaegen a été installée en face de l'entrée de la rue des Sols. Au moment où la toile qui la couvrait est tombée, des hourras retentirent dans l'assistance.
En somme, les fêtes se passent fort bien. Les étudiants, en parcourant la ville, y jettent une note gaie et pittoresque."
Débuté à quatre heures et demie, le Congrès des étudiants, nous dit "La Meuse", "est installé au théâtre des Nouveautés. Au bureau, siègent MM. Furnémont, président, et les membres du Comité du Cercle des Etudiants progressistes, organisateur. MM. Arnould et Desguin, membres du Comité d'honneur, assistent à la séance d'ouverture.
M. Furnémont souhaite la bienvenue aux membres du Congrès et caractérise son but : faire connaître les voeux de la jeunesse universitaire dans la grande question de l'enseignement. Il fait l'éloge du président d'honneur du Congrès, Victor Hugo.
Le Congrès constitue son bureau comme suit : Président, M. Furnémont ; vice-présidents, MM. Monet, Debleumourtier, Boureau, de Paris ; M. Juanès Junel, délégué danois ; M. Salvador Castello, délégué espagnol ; plus les membres délégués des Sociétés universitaires belges, avec M. Féron pour secrétaire. [...] "
"La Réforme" livre le long discours d'ouverture de Furnémont. Nous en retiendrons principalement les paroles suivantes : "Le Cercle des Etudiants progressistes a choisi l'enseignement populaire comme objets de débats. Il a cru que cette question, intéressante entre toutes, prenait pour nous en ce moment une importance encore plus grande encore.
Le banquet
"La Meuse" du 21 novembre 1884 précise également que le banquet de l'Hôtel de Ville, débuté à 19h45, rassemble quelques 150 convives sous la présidence du Bourgmestre. Parmi les invités, l'on compte entre autres les conseillers communaux, les membres du Conseil d'administration et les professeurs, des délégués des anciens étudiants, de la Société des ingénieurs de l'Ecole polytechnique, des étudiants... "L'animation est grande. Le bruit des conversations étouffe les sonorités de la fanfare des pompiers, qui joue dans la salle des Mariages."
Les festivités universitaires s'étalent sur plusieurs jours. "La Réforme" du 22 novembre donne ainsi le programme chargé de la journée : séance du Congrès à 14h00, fête intime à L'Etoile (4 rue du Marché-au-Bois) à 17h30, banquet à la Bourse à 18h30 et bal à l'Eden à 21h00.
Autre son de cloche... d'église
"Le Patriote", quotidien catholique et conservateur, du 21 novembre apporte quelques informations complémentaires et livre un regard évidemment nettement critique sur ces festivités. Ce qui nous permet de mesurer l'animosité qui régnait alors entre les catholiques et les libres penseurs.
Le journal catholique indique donc que la veille, vers 19 heures, "un cortège aux lumières a traversé la ville. [...] La réception officielle s'est faite à la Bourse. [...] Le soir, les aimables jeunes gens en qui réside l'avenir du parti "libéral" et le présent des établissements de la rue du Persil et de la rue Saint-Laurent ont commencé leurs saturnales. Après un congrès dans lequel ils ont rivalisé de sottise et d'emphase, ils se sont répandus dans les rues de Bruxelles et ont braillé, jusqu'à des heures avancées, toutes les chansons à la mode [...]."
Et "Le Patriote" de poursuivre : "La petite débauche universitaire dont nous avons dit quelques mots hier s'est continuée aujourd'hui. C'est d'abord dans la Maison du roi qu'une bannière du plus beau bleu a été remise par le bourgmestre des gredins aux pupilles de l'armée révolutionnaire. Des discours sur la science libre, le libéralisme, le libre examen ont été tour à tour prononcés par MM. Buls, Van Druman et autres orateurs aussi inconnus.
A quatre heures, tout ce monde était de nouveau réuni dans le hall de l'université, tendu de blanc et de bleu. M. Preumont, parlant au nom des étudiants, a rendu hommage au fondateur de l'université, M. Verhaegen. On a découvert la plaque de marbre blanc, portant cette simple inscription : "A Verhaegen, l'université libre de Bruxelles, 1834-1884." Les étudiants, qui n'étaient plus que cinq cents environ, ont entonné une marche et poussé de formidables cris : Vive Janson ! Vive Janson !"
L'édition du 22 novembre du "Patriote" précise seulement que : "Les étudiants de l'université de Bruxelles se donnent à eux-mêmes et aux autres, ce 22 courant, un grand banquet à l'occasion du cinquantenaire de la fondation de l'université. Le banquet a lieu par souscription. Au 12 novembre, la souscription des anciens étudiants n'avait encore réuni que 96 adhérents. C'est maigre !"
Un maillet et une médaille
Outre les fêtes organisées à l’ULB, une délégation de trois cents étudiants est reçue le 21 novembre 1884 par le Grand Orient, dans le temple de la rue du Persil. Ils remettent un maillet d’argent au grand maître Eugène Goblet d’Alviella. Par ce geste, ils affirment les liens privilégiés que leur Université entretient avec la Franc-Maçonnerie belge qui l’a fait naître et, plus particulièrement, avec le Frère Pierre‑Théodore Verhaegen, disparu en 1862.
La médaille de 1884 présentée ici n'est pas une médaille de Saint-Verhaegen s'il on estime qu'il faille que ces deux termes consacrés y figurent. L'expression "Saint-Verhaegen" n'apparaît d'ailleurs qu'en 1888. Cependant, cette médaille célébrant les 50 ans de l'Université a bel et bien été frappée à l'occasion des festivités du 20 novembre et du congrès international des étudiants.
Au recto de cette médaille en argent, on retrouve les armoiries de la Ville de Bruxelles. Et au verso, l'on découvre une attache boutonnière, qui permet de placer la médaille au revers d'un veston. Nous ne savons pas si les étudiants accrochèrent cette première médaille à leur casquette (alors appelée "clippe"), comme ils en prendront l'habitude à partir de 1938 (année de la frappe de la troisième médaille du 20 novembre).
Ses dimensions peuvent surprendre : 3,5 cm de diamètre (l'attache en bouton faisant 2 cm de diamètre), 1 cm de hauteur (bouton compris) et presque 3 mm d'épaisseur.



















































