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samedi 8 juillet 2023

"Les Bleus ont soif" : la Buse est de la revue

En mai 1920, au sortir de la première guerre mondiale, le Cercles des Sciences est le premier à renouer avec la tradition des Revues. Il donne un spectacle resté célèbre : "Les Bleus ont soif".

Son titre était un double clin d'oeil. D'une part, il rappelait "Les dieux ont soif", livre d'Anatole France paru en 1912. Ce roman a pour cadre la période de la Terreur, qui voit la Révolution française dévorer ses propres enfants.

D'autre part, par ricochet avec le livre d'Anatole France, le titre de la Revue du Cercle des Sciences est une allusion, néanmoins humoristique, aux horreurs de la guerre, dont les déflagrations se font encore sentir dans les rangs des étudiants. S'il fallait souligner le lien avec l'actualité, l'affiche de la Revue présente le profil d'Athéna, déesse grecque de la sagesse mais aussi de la stratégie militaire...

La Revue est d'ailleurs jouée au profit d'une bourse d'étude pour les combattants et les descendants de combattant.

La Buse

S'il fallait encore une preuve que le conflit mondial hante encore l'Alma Mater, la chanson "La Buse",  entonnée pour la première fois à l'occasion de la Revue, débute par ses trois mots : "Avant la guerre..." Et elle se chante sur l'air de "Verdun, on ne passe pas", chant patriotique français écrit en 1916.

Tout comme le titre de la Revue, cette chanson au propos léger est teintée d'humour noir : la Buse qui frappe les étudiants y est comparée avec l' "Aigle noir", qui désigne l'empire allemand (et son armée) dans la chanson française de 1916. Rire pour ne pas pleurer... Une autre chanson du même auteur, "La Marche des Etudiants", écrite elle en 1919, n'énonce-t-elle pas au troisième vers : "Nous faisons guerre à la mélancolie ou la cachons sous des cris de gaieté"... Tout est dit.

Sur l'affiche annonçant le spectacle, on retrouve ladite Buse sous les traits d'un angelot coiffé d'un chapeau buse, au côté d'un étudiant en casquette. Dans la pièce, la Buse était incarnée par Mademoiselle Casanova.

Collection Benoît Bacchus P.nc.n.

Le texte et les chansons de la Revue sont dus à la plume de "P. Loteur", jeu de mot en guise de pseudonyme de... "l'auteur", Paul Vanderborght, poète ulbiste (1899-1971). Les dessins de l'affiche et du livret sont signés Lif, alias Idès Lejour.

La première représentation est un succès : la salle se déchaîne, les profs se gondolent. Dans le Bruxelles Universitaire de juin 1920, Paul Vandergorght écrira entre autres : "Nous avons vécu là des heures de fraternité sincère, où l'on sentait revivre, superbe et triomphante, la belle bohème estudiantine, qui ne doit pas être confondue avec la grossièreté et la voyoucratie."

Des étudiants de Liège, Gand, Mons, Anvers et Gembloux assistent à la seconde représentation. Nouveau succès. Malheureusement, dans la soirée, le drapeau du Cercle des Sciences et l'ancien drapeau de la section de Pharmacie disparaissent lors d'une bagarre place Sainte-Catherine. 

Nous renvoyons à "La belle histoire du Cercle des Sciences", ouvrage incontournable édité en 2015 par le Poil Michel Hermand, pour plus amples informations sur cette Revue.


Collection Benoît Bacchus P.nc.n.

Comme l'indique la distribution,
c'est Mademoiselle Casanova
(alias Diane de Gravelyn)
qui incarna la Buse.

La chanson "La Buse" (en bas à droite) fait ici
sa première apparition.

samedi 3 août 2019

Vadrouilles du Népelé, noyau de la Résistance

Une photo du Népelé prise en vadrouille, c'était déjà un scoop pour ce cercle intime qui marquera l'histoire belge mais ne laissera que peu de traces aux Archives de l'ULB. Alors une photo avec le drapeau de la société, c'était inespéré ! Cette jolie découverte nous a été communiquée par B.n..t Bacchus P.nc.n.

Le Népelé, fondé vers 1935 si l'on en croit les statuts dont on dispose, n'a plus intronisé d'étudiants après la Seconde guerre mondiale. La photo a donc sans doute été prise entre 1935 et 1937 (les festivités de la Saint-Vé ayant été annulées à partir de 1938).

Une photo unique

La photo - reproduite en carte postale - nous montre un groupe de Népelés avec penne et béret à la Saint-Verhaegen, dans le centre de Bruxelles. Dans la calèche, en robe de juge, nous pensons reconnaître l'ex-président du Cercle de Droit, Henri Neuman.

Le drapeau porte un buste d'étudiant en casquette, encadré de cartes à jouer (à gauche) et d'un tonneau (à droite). Il est souligné du nom du cercle et surmonté d'une broderie difficile à lire ; il s'agit peut-être du L d' "ULB". La hampe du drapeau arbore une chope de bière.


Document transmis par B.n..t Bacchus P.nc.n
Cliquez sur la photo pour l'agrandir.




C'est une scène on ne peut plus joyeuse. C'est un drapeau on ne peut plus estudiantin… Et pourtant, quelques années plus tard, le Népelé - qui doit son nom aux initiales de ses fondateurs (Nayrinck, Penninck et Lepoivre) - constituera l'un des noyaux de la Résistance belge. 


Quatorze des 37 Népelés connus font partie des Résistants mentionnés dans "Avant qu'il ne soit trop tard". D'autres membres s'engagèrent sans doute aussi contre les nazis mais nous n'en avons pas encore la certitude.

En tout cas, trois d'entre eux dirigeront le Groupe G, réseau né à l'ULB : Henri Neuman (ex président du Cercle de Droit, cofondateur du réseau), Christian Lepoivre (ex président du Librex, parachuté de Londres) et René Ewalenko (ex président du Cercle Solvay, responsable du Matériel au G).

C'est l'engagement de ces Anciens durant la Seconde guerre mondiale qui rend leur photo de Saint-Verhaegen - pleine de joie de vivre - d'autant plus touchante.

Des guindailles des Népelés


Des activités folkloriques d'avant-guerre des Népelés, on ne sait rien, pour ainsi dire. Un article du Bruxelles Estudiantin d'avril 1953, signé par Roger, le patron de la Jambe de Bois, nous livre cependant quelques informations complémentaires : "Remontons la rue des Bouchers : à gauche, un cul-de-sac et l'enseigne du "Caillou qui bique", local favori des "Nez pelés". Un jour, ces redoutables baptisèrent une poule en pompe et costume. "Ursule", tel fut nommé le volatile, fut promenée sous le nez des bourgeois terrorisés ; le jeu favori des "Nez pelés" était de rencontrer un poil assoupi un soir de bacchanale, de lui passer délicatement la tondeuse le long du crâne ; ah oui ! ils coupaient aussi les cravates bien avant Patachou. Pendant les hostilités, nombre d'entre eux venaient se restaurer entre deux sauts de parachutes au "Caillou", siège facultatif du groupe G".

Ce témoignage est lui aussi émouvant car, même pendant la guerre, les Népelés restèrent fidèles au cabaret qu'ils avaient aimé pendant leurs années d'insouciance.


lundi 8 août 2016

Résistance : Passelecq et Thonon, étudiants wallons. Et la Maison des Carabins "Valère Passelecq"

Après la Seconde Guerre mondiale, le Cercle wallon de l'ULB et la Fédération des cercles régionaux wallons rendit hommage, chaque année, en juin, à Valère Passelecq et à Robert Thonon, deux résistants issus de leurs rangs "en raison du courage et du patriotisme dont avaient fait preuve ces anciens". La mère de Passelecq offrira d'ailleurs régulièrement un verre de l'amitié lors de cette cérémonie.

Louis Bastien, président de la Fédération des cercles wallons de l'ULB en 1956, nous a transmis deux clichés de l'hommage à Passelecq et Thonon pris vers 1955. Mais nous ne savons pas quand cette cérémonie annuelle a été lancée ni quand elle a été mise en sommeil.

Valère Passelecq

Valère Passelecq, né à Ixelles le 22embre actif du Cercle des étudiants wallons de l'ULB.

Lors de l'invasion allemande en mai 1940, il participe à la campagne des 18 jours. Refusant d'abandonner la lutte, il s'engage dans la Résistance. Il passe en Angleterre où il acquiert le grade de lieutenant parachutiste. Il est alors parachuté en Belgique le 28 février 1942.

Il rencontre Robert Thonon, camarade de Cercle, dont il partagera le combat puis la captivité à la suite d'une trahison. Il est décapité le 7 juin 1944 à Wolfenbüttel.

Une plaque apposée à la façade de son domicile au numéro 71 de la Rue Mercelis à Ixelles rappelle l'essentiel de ces faits.

Document transmis par Louis Bastien.
Taille originale 8,5cm x 5,5cm.


Hommage à Valère Passelecq, non daté, vers 1955,
avec les drapeaux du Cercle des étudiants wallons
et de la Fédération des cercles régionaux wallons.

Robert Thonon

Robert Thonon, né à Ixelles le 2 juin 1919, fut secrétaire du Cercle des étudiants wallons de l'ULB (1938-1939), puis secrétaire général de la même association.

Dès les débuts de la guerre, il entre dans la Résistance, dans le réseau Wallonie libre. Il héberge des clandestins et aménage des dépôts d'armes. Il rencontre Valère Passelecq, parachuté de Londres. Vendu par un traître en juillet 1942, il est emprisonné à Saint-Gilles et est décapité à la hache à Wolfenbüttel, le 7 juin 1944, avec son compagnon d'armes.

Une plaque, apposée sur son domicile (non situé), rappelle également le combat de cet Ancien.


Document transmis par Louis Bastien.
Taille originale 8,5cm x 5,5cm.


Hommage à Robert Thonon, non daté, années 1955,
avec les drapeaux du Cercle des étudiants wallons
et de la Fédération des cercles régionaux wallons.

Au centre, René de Falleur (chauve),
président de la Fédération des cercles régionaux wallons de 1950 à 1955.

Le Cercle wallon : francophone virulent, résistant et fédéraliste

Après s'être virulemment opposé en 1898 à la loi égalitaire Coremans-De Vriendt qui dispose que les lois seront votées et publiées en français et néerlandais, après avoir contesté en 1907 la flamandisation - légitime - de l'Université de Gand, le Cercle wallon tombe en léthargie.

Il se réveille en 1933. Le Cercle recommande le port de la faluche et se choisit le coq rouge comme insigne. A cette époque, l'opinion estudiantine est fortement sensibilisée à la cause de l'Espagne antifasciste et le Cercle rejoint ce mouvement. Il poursuit parallèlement son combat francophone : il adhère à l'importante Concentration wallonne (d'abord régionaliste puis fédéraliste) et participe à partir de 1937 aux pèlerinages à Waterloo.

À partir de 1939 les Etudiants wallons de l'ULB - qui comptent alors pas moins de 400 membres - manifestent contre la politique de neutralité, notamment en distribuant des tracts à la population. Le Cercle met sur pied en 1940 un Centre universitaire d'aide à la Croix-Rouge française et aux étudiants de France, administré par Valère Passelecq.

Lors de l'entrée en guerre de la Belgique, le Cercle s'engage dans la Résistance et le Groupe Hotton (fondé en 1940 par plusieurs étudiants et anciens de l'ULB, dont de nombreux wallons). Plusieurs membres le payent de leur vie.

À la Libération, le Cercle connaît un regain d'activité : il polémique avec les étudiants néerlandophones de Geen Taal, geen Vrijheid de l'ULB au sujet du dédoublement linguistique des cours - pourtant plus que justifié - et intervient lors de la Question royale (le retour en Belgique de Léopold III, à qui l'on reprochait entre autres d'avoir capitulé en mai 1940).

Le Cercle fera ensuite partie du Comité permanent du Congrès national wallon et se rallie au fédéralisme. Il entre alors en conflit avec la Fédération des cercles régionaux de l'ULB qui sera promise à un bel avenir tandis que le Cercle vit ses derniers moments d'existence.

La Maison Valère Passelecq pour les Carabins

Pierre J.ss.rt, Ancien de Médecine, nous signale également que de 1952 à 1959 (au moins), le Cercle de Médecine disposa d'une Maison des Carabins appelée Maison Valère Passelecq.

On peut ainsi lire dans l'Universitaire Médical de 1952 : "une Dame qui a déjà fait beaucoup pour les étudiants de l'U.L.B. (elle a ouvert à La Panne sa villa à tous ceux qui souhaitent y passer leurs vacances...), Madame Vve Passelecq a décidé de faire plus encore. Possédant une maison à deux pas de la Porte de Hal (rue de Moscou), elle a décidé de nous céder la jouissance du rez-de-chaussée pour y ouvrir ce local tant attendu."

Le C.M. nommera son local Maison Valère Passelecq, une autre façon de rendre hommage à cet Ancien.
Extrait de l'Universitaire Médical, 1952.
Document transmis par Pierre J.ss.rt.


Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

Le Bruxelles Universitaire du 13 avril 1953 livre quelques précisions sur la Maison des Carabins mais - étonnamment - ne présente pas le rôle joué par Valère Passelecq pendant la guerre. On y apprend par contre que la Maison fut décoré par Jean Dratz et qu'un vitrail fut offert par le Grand Orient. Que sont devenus ces trésors ?




Extrait du Bruxelles Universitaire, 13 avril 1953.

Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.
 
Sources :
Reprises d'articles de l'Encyclopédie Wikipédia.
Chantal Kesteloot, Au nom de la Wallonie et de Bruxelles français : les origines du FDF, pp.114-115.
Encyclopédie du Mouvement wallon, Tome I (pp. 239–240) et Tome III (pp.1239 et 1532).
La Wallonie nouvelle 1940, numéro 1-2
Le livre d'or de la Résistance belge, publié par le Ministère de la Défense nationale, Bruxelles, p. 385
Universitaire Médical, 1952
http://www.cegesoma.be

mardi 9 février 2016

Un char de l'ULB en Ulster, le 21 juillet 1945

Un char estudiantin fut construit à l'étranger, en Ulster en l'occurrence, à l'occasion de la fête nationale de 1945. Ce cas unique dans l'histoire de l'ULB est révélé par la lettre étonnante que Max Litvine (avocat, futur chargé de cours à l'ULB) adresse en avril 1948 à Jean Mardulyn (président de l'Association générale des étudiants en 1941, nommé assistant à son retour du camp de Buchenwald où il fut déporté en raison de son appartenance à la Résistance).

Des plans du char, côté babord et côté tribord, ainsi qu'une photo de petit format accompagnent la missive. Côté pile, on y voyait un hommage aux étudiants morts dans la Résistance. Côté face, on observait une scène estudiantine.

Ces documents (conservés aux Archives de l'ULB) sont touchants à plus d'un titre. En plus de souligner le soin apporté à la confection d'un char, ils disent l'attachement des Poils à leur Université, à ses traditions et à ses valeurs, même à des kilomètres de distance, même sous l'uniforme.

"Mon cher Mardulyn,

En classant mes vieux papiers, j'ai retrouvé trois documents que je t'adresse. Ils concernent un point d'histoire de notre Alma Mater.

Voici de quoi il s'agit: les troupes belges cantonnées dans le Nord de l'Irlande en 44-45 organisèrent le 21 juillet 1945 à Banbridge (Ulster), dans toutes les règles de l'art, un "ommegang" resté célèbre. J'obtins du commandant de l'unité l'autorisation de construire un char ULB. Ce qui fut fait.

Et ce sont les maquettes de celui-ci et une photo, un peu terne peut-être, que je t'envoie. Je suppose que les archives, sur lesquelles tu veilles sans doute avec un soin jaloux, s'en enrichiront.

Bien à toi,
(signature) M. Litvine"




Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

vendredi 15 janvier 2016

Avant-guerre : la penne d'une époque

La penne présentée ici reflète assez bien l'ensemble des activités estudiantines de l'immédiat avant-guerre : études longues, guindailles monstres, presse dynamique et action politique.

Son porteur, un Poil du Cercle des Sciences, a décroché 8 étoiles dorées. Il a brillamment réussi deux cycles d'études : l'un en Mathématiques (comme en atteste le blason aux flambeaux) et l'autre - vraisemblablement - en Histoire (comme le laisse penser la Minerve épinglée à l'arrière de la penne).

Membre du Cercle des étudiants libéraux (CEL), ce Poil a participé à deux congrès de la Fédération nationale des étudiants libéraux (à Mons en 1939 et à Gembloux en 1940). Manifestement ouvertement politisé, il affiche aussi des positions antifascistes : une épinglette "Anti-Rex" dénonce le parti de Léon Degrelle, tandis qu'un drapeau républicain espagnol frappé d'un "Madrid 1936-1939" rend hommage à ceux qui résistèrent aux troupes de Franco. Et l'on sait que les étudiants libéraux soutinrent activement ce combat, quoiqu'après quelques hésitations.

En 1936, la Saint-Verhaegen est d'ailleurs fortement marquée par l'antifascisme. Le Cercle de Médecine présente une chambre d'hôpital où Léon Degrelle est alité : il souffre d'obsession de dictature et de "vomissements pourris" (allusion aux vociférations de Degrelle contre la supposée corruption des élites). Le journal "Le Peuple" (d'obédience socialiste) chronique le reste du cortège de cette Saint-Vé à sa façon : "Le Cercle Polytechnique présente un char sur lequel un immense marteau-pilon écrase le pauvre Degrelle. Et le Cercle de Chimie, après avoir une analyse du rexisme, proclame : "Produit à rejeter". [...] Et le nombre exceptionnellement élevé des étudiants montre à l'évidence que la jeunesse intellectuelle de Bruxelles n'est pas conquise par le fascisme."


Sur cette penne, on retrouve aussi les toutes premières médailles de Saint-Verhaegen, celle de 1938 (qui voit la naissance du géant Zéphyrin et des chars antifascistes) et celle de 1939, sans cortège (dont la Quête sera dédiée aux familles des soldats mobilisés). On déniche aussi la broche d'anniversaire des 20 ans du Bruxelles Universitaire, organe de l'Association générale des étudiants. Alors très réactif, pour la guindaille comme pour la politique, le B.U. consacre régulièrement une page au "Pet irréel" depuis 1936. Cette chronique satirique antifasciste détourne bien entendu le nom du Pays Réel, titre phare de la presse rexiste. Le jeu de mot est d'ailleurs repris sur le char de Médecine de la Saint-Vé 1936.

Comme la penne ne présente pas de médaille postérieure à 1940, il est possible que l'étudiant ait entamé ses études vers 1932. Il assisterait alors la montée en puissance des Cercles - et notamment du CdS - mais aussi à la montée des nationalismes.







La penne est largement dépucelée, en son centre.
On distingue le système d'attache des médailles, avec le rond de cuir.


Char du Cercle de Médecine à la Saint-Verhaegen 1936.
Léon Degrelle, chef du parti d'extrême droite Rex, y est ausculté.
Il souffre de folie furieuse, dont les symptômes sont l'obsession de dictature,

les "pets irréels" (calembour sur le Pays Réel, journal de Rex)
et les "vomissement pourris" (allusion aux vociférations de Degrelle
sur la corruption des élites)
 
Manchette de la chronique antifasciste du Bruxelles Universitaire, 15 octobre 1936.
Le jeu de mot est repris sur le char de Médecine de la Saint-Verhaegen 1936.

Dessin dû au crayon de Francis André, dit Clebs Phétide.
 
Deux des médailles de la fédération nationale des étudiants libéraux.

mardi 26 mai 2015

Les Népelés (1935-1997) : des Résistants

En lisant l'indispensable ouvrage d'Henri Neuman, "Avant qu'il ne soit trop tard. Portraits de résistants" (éd. Duculot, 1985), nous avons eu un doute. "Et si... ?"

Nous avons donc vérifié les trois listes de Népelés conservées aux Archives de l'ULB... Et ça "colle" : 14 des 37 Népelés font partie des Résistants mentionnés dans "Avant qu'il ne soit trop tard" !

D'ailleurs, 8 d'entre eux au moins ont appartenu au Groupe G, réseau né à l'ULB. Et, dans ce sous-groupe, on retrouve 3 des dirigeants du G : Henri Neuman (ex président du Cercle de Droit, cofondateur du réseau), Christian Lepoivre (ex président du Librex, parachuté de Londres) et René Ewalenko (ex président du Cercle Solvay, responsable du Matériel au G).

Ces chiffres sont trop élevés pour être dus au hasard. Allons plus loin et posons une hypothèse : il est probable que tous les Népelés aient été résistants. Hypothèse qu'il faudrait vérifier sur base des travaux consacrés à la Résistance à l'ULB.

Médailles du Groupe G.
Document aimablement transmis par B.n..t Bacchus Poncin.


Dates d'activité

D'après les statuts du Cercle, les Népelés sont fondés en 1935. Si l'on en juge par la dernière convocation conservée à l'ULB, ils se réunissent jusqu'en 1997-1998.

Mais quand ce groupe de résistants s'est-il réellement constitué ? Avant le conflit, pendant celui-ci ou... après ? La question peut avoir son importance...

Une liste manuscrite mentionne les 3 fondateurs en 1935. Sous la date 1946, 17 autres Népelés sont cités. Sous 1950, 10 noms sont repris. Et sous 1958, 7 autres. A ces dates, tous les membres ont fini leurs études. A quoi correspondent-elles ? A des années d'intronisation au Népelé ?

S'il s'agit d'une liste de dates d'intronisation, elle présente des incohérences au regard des noms cités dans les Statuts (non datés). Certains membres cités pour 1946 figurent dans les Statuts et d'autres non. Il en va de même pour ceux notés pour 1950. Cette liste correspond donc sans doute à autre chose.

Népelés cités dans les Statuts :

Georges NAYRINCK
Emile PENNINCK

Christian LEPOIVRE
Hector LAUWERS
Willy MICHIELS
Paul VEKEMANS
François DANHAIVE
Jacques François
Jacques GUYAUX
Paul LELEU
Robert ROUSSEAU
Eddie BURG
Marcel CATS
Pierre MAERSCHALK
Jules WOLF 
Adelin SLOSSE
Henri NEUMAN
 
Liste conservée aux Archives de l'ULB :

Ce document provient du Service Archives, Patrimoine
et Collections spéciales de l'ULB.
50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

 D'autres incohérences

D'autres éléments pourraient confirmer que cette liste manuscrite ne reprend pas les intronisations dans le groupe.

Jacques Guyaux et Paul Vekemans sont repris pour l'année 1946. Or Jacques Guyaux envoie à Paul Veckemans une lettre reprenant la liste des banquets tenus de 1939 à 1974. Il mentionne les agapes de 1939 au Silver Grill Bruxelles, de Noël, 1939 à Temploux - et précise "Tu y étais". Il poursuit avec les banquets de mai 1940 à Wépion, de l'été 1941 à Wépion, de décembre 1941 à Lessines, de l'hiver 1942 à Frasnes-lez-Buissenals, de l'été 1942 à Bauche-Evrehailles. Les banquets s'arrêtent à cette date et reprennent en 1946 à Grandglise.

Ce document indique plusieurs choses. Tout d'abord, comme trois Poils n'organiseraient pas des banquets pour eux seuls,.ils étaient sans doute plus nombreux. Ensuite, Jacques Guyaux était probablement présent aux agapes. Sinon comment aurait-il été au courant avec précisions des dates des banquets tenus pendant le conflit ? Enfin, et surtout, le fait que Guyaux rappelle à Vekemans "1939, Tu y étais" indique que les Népelés sont déjà quelques-uns à cette époque : au minimum Nayrink, Lepoivre, Penninck, Guyaux, Veckemans.




Et une autre bizarrerie : Henri Neuman (l'un des quatre fondateurs du Groupe G) est cité comme membre en 1946 alors qu'en mars 1945 il signe déjà "Ton népelé militarisé, Bien népelément, Henri" une lettre dans laquelle il annonce la naissance de son enfant.

Cette signature pose une autre question. Neuman a-t-il été reçu Népelé avant la guerre ce qui justifierait l'ajout de l'adjectif "militarisé" ou pendant la guerre ? Nous penchons pour la première option, la seconde s'avérant trop improbable.

Extrait d'une lettre conservée au Service Archives, Patrimoine
et Collections spéciales de l'ULB.
50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.


Le macchabée cité est Robert Rousseau, membre également des Népelés.

La liste des banquets (et la remarque "Tu y étais") ainsi que cette lettre de Neuman confrontées aux noms repris dans les Statuts indiquent que les années associées aux noms de Népelés ne correspondent vraisemblablement pas à des dates d'intronisation. Alors... à quoi font-elles référence ? Nous n'avons pas encore trouvé la réponse.

Népelés cités par Henri Neuman

Comme nous l'avons dit, Henri Neuman mentionne 14 des 37 Népelés dans "Avant qu'il ne soit trop tard".
Il s'agit de :
Jacques Bellière (groupe G)
François Danhaive (groupe G)
Richard De Kriek
Walter de Selys-Longchamps (groupe G)
René Ewalenko (groupe G)
Jacques François
Jacques Guyaux
Christian Lepoivre (groupe G)
Paul Leleux (groupe G)
Henri Neuman (groupe G)
Adelin Slosse
Jean Thibert (groupe G)
Paul Vekemans
Jules Wolf (réseau Sabot)


Nouvelle hypothèse

Comme la liste manuscrite de membres, les Statuts et les documents annexes ne sont pas cohérents, il est difficile de choisir entre les deux possibilités qui s'offrent à nous. Soit le groupe des Népelés était constitué essentiellement avant que la guerre n'éclate. Soit il a continué à recruter après guerre, dans le milieu des anciens résistants issus de l'ULB. Mais alors... dans quel but ? Seulement la guindaille ?

Si un historien a des pistes à nous proposer...

lundi 25 mai 2015

Statuts des Népelés

Avant la Seconde Guerre mondiale, sans doute en 1935, les Népelés sont fondés. Ils prendront une part active dans la Résistance, comme le rappelle Jean Mardulyn (ex président de l'Association générale) au sortir de la guerre. Plusieurs d'entre eux seront notamment du du groupe G, réseau issu de l'ULB.

On ne dispose que de peu d'informations sur les activités des Népelés avant la fermeture de l'université en 1941. Et l'on n'en sait guère plus sur leurs membres avant cette date.

Les statuts - teintés d'ironie - conservés aux Archives de l'ULB ont manifestement été rédigés après la guerre. Et semblent avoir concerné dans un premier temps des Anciens de la faculté de Droit, si l'on en croit l'article 4 des statuts qui stipule que "Sont seuls admissibles, comme membres, les A.D.Br. issus de l’U.L.B. dans les années 1935-1940."

Les Népelés - ou Nez Pelés ou encore N.P.L. (suivant les documents) - ont été fondés par Georges Nayrinck, Emile Penninck et Christian Lepoivre (ex président du Cercle du Libre Examen). Le nom du Cercle est formé des initiales des patronymes des fondateurs : N.P.L. Mais il est également probable que ces initiales soient celles des valeurs défendues par le groupe. Il s'agit sans doute aussi d'une parodie des Macchabées - dont le nom s'orthographie également M.A.K.B.

Nous livrons les statuts tels que nous les avons découverts :


Cercle Philanthropique
LE ROYAL NEPELES
Statuts
 
Art.1er : Il est constitué une association sans but lucratif, à caractère philanthropique et aux buts essentiels ci-après :
- stimuler la pratique des jeux de cartes et plus spécialement du chasse-cœur, du poker et de la belotte.
- encourager le sens du devoir, le respect de l’autorité, l’amour du travail et le sentiment d’humilité dans les classes laborieuses.
- extirper définitivement les Macchabées de l’U.L.B.
- résoudre tous les problèmes scientifiques, économiques, financiers, sociaux culturels, politiques et philosophiques, nés de la complexité de la vie moderne.
- développer les relations publiques et privées avec le deuxième sexe et même, éventuellement, avec le troisième.
- resserrer les liens d’amitié entre ses membres.
 
Art.2 : Outre les objectifs d’activité courante, définis à l’Art.1er, l’association organise chaque année une réunion plénière et gastronomique en quelque endroit choisi.
 
Art.3 : L’association est dénommée « les Népelés ».
 
Art.4 : Sont seuls admissibles, comme membres, les A.D.Br. issus de l’U.L.B. dans les années 1935-1940.
 
Art.5 : Sont membres à part entière et d’office conviés aux rites et réunions plénières annuelles :
 
A. Membres fondateurs :
Georges NAYRINCK, dit « le Ménapien » ou « l’énorme Flamand ».
Emile PENNINCK, disparu -- n’a jamais prêté qu’une initiale et à la critique.
Christian LEPOIVRE, dit « Kiki » ou le « mini-tabellion ».

B. Membres d’honneur d’origine :
Hector LAUWERS, dit « Hector-le-Bienfaiteur ».
Willy MICHIELS : dit « l’artilleur des Flandres ».
Paul VEKEMANS, dit « Popoff ».

C. Membres normaux :
François DANHAIVE, dit « le cyclope unijambiste ».
Jacques François, dit le « Susse ».
Jacques GUYAUX, dit « Minette ».
Paul LELEU, dit « Polochon » -- archiviste-secrétaire.
Robert ROUSSEAU, dit « l’espion de service ».
 
D. Membres coloniaux intégrés :
Eddie BURG, dit « le coureur » - ex.V.I.P. désintégré.
Marcel CATS, dit « le chasseur ».
Pierre MAERSCHALK, dit « le bison ».
Jules WOLF, dit « Jujube ».
 
E. Membre sub-colonial subreptice :
Adelin SLOSSE, dit « Moustache » - du Cabinet.
 
F. Membre soumis à référendum annuel (sous réserves) :
Henri NEUMAN, dit « l’enflé » ou « le gonflé » ou « le bras d’or ».
 
Art.6 : Les membres sont autorisés à s'unir en groupes, sous-groupes, fractions et schismes (le cas échéant réduits à un effectif d’un seul membre), selon leurs affinités familiales, raciales, linguistiques ou confessionnelles, pour autant toutefois qu’ils ne versent pas dans le déviationnisme et le fractionnisme.
 
Art.7 : Tout recrutement de nouveaux membres se fait par cooptation et à l’unanimité. Les candidatures sont présentées par aux moins deux parrains, membres anciens et soumises au Conseil des Sages, constitué par les membres fondateurs et les membres d’honneur d’origine. Toute nouvelle candidature est toujours refusée.
 
Art.8 : L’exclusion indigne est décidée sans vote, mais à la majorité qualifiée, par simple expulsion.
 
Art.9 : Au cours de chaque réunion plénière annuelle, est désigné un dictateur, chargé de la responsabilité de l’organisation de la réunion suivante. Les décisions du dictateur sont irrévocables et sans appel.
 
Art.10 : Le dictateur peut s’adjoindre, sans pour autant pouvoir se dérober à ses responsabilités, un dictateur-adjoint. Ce dernier n’a pas la qualité de successeur.
 
Art.11 : Le point de départ de toute réunion plénière se situe à la Taverne Waterloo - Porte Louise à Bruxelles, dans le principe et sauf si le dictateur en décide autrement.
 
Art.12 : Le dictateur s’occupe, sous sa responsabilité :
- de convoquer les membres à la date qu’il a arrêtée.
- de choisir l’endroit, l’itinéraire, le local, le menu et les vins.
- de trouver gîte, distractions et logement pour tous les participants.
- d’arrêter le thème de la journée d’études-réunion plénière et d’en faire part, par une communication spirituelle, aux participants.
 
Art.13 : A l’issue de l’assemblée plénière, le dictateur est jugé sur ses actes par l’assemblée. Ce jugement est sans appel.
 
Art.14 : Les apéritifs sont joués au chasse-cœur et, à la rigueur, à la belote.
 
Art.15 : Les lits et les logements sont tirés au sort, au pitjesbak.
 
Art.16 : Au cours de la réunion plénière, les membres font des communications réfléchies sur le thème arrêté par le dictateur ou sur tout autre sujet compatible avec les objectifs de l’association.
 
Art.17 : Au cours de la réunion plénière, il est porté des toasts divers et répétés. A l’issue des agapes, est effectué le salut au drapeau, par tous les membres debout, le chef découvert. Les membres entonnent alors en chœur l’hymne des Népelés (Musique de Jujube - paroles de Popoff). Le drapeau est ensuite remis au nouveau dictateur qui en a la garde et la responsabilité jusqu’à l’année suivante.
 
Art.18 : A l’issue des gueletonnades et libations, la pratique du poker est admise, mais non encouragée, mais pas pour de l’argent.
 
Art.19 : Aucune infraction aux présents statuts ne peut faire l’objet de sanctions quelconques, sauf celles qui seront décidées par l’assemblée.
 


Ce document provient du Service Archives, Patrimoine
et Collections spéciales de l'ULB.
50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.
 

samedi 26 avril 2014

De l'AG au Groupe G

Le 25 novembre 1941, le Bureau de l’Association générale des étudiants (AG) - fédérant les Cercles facultaires - apprend que les autorités allemandes ont nommé des professeurs à l’ULB et que le Conseil d’administration de l’Université s’y oppose et ordonne la suspension des cours.

Le jour-même, le Comité de l’AG ­- jugeant que les décisions allemandes « s’avèrent suspectes en ce sens qu’elles peuvent posséder d’autres motifs que l’intérêt de la science » - vote une résolution dans laquelle il approuve pleinement l’attitude de l’Université et « décide que les étudiants s’abstiendront de suivre les cours jusqu’à nouvel ordre, même si ceux-ci venaient à reprendre sous l’effet d’une contrainte émanant d’une autorité étrangère à l’Université. »

Le 26 novembre, les autorités d’occupation suspendent le Conseil d’administration de ses fonctions et exige la reprises des cours. Afin de riposter aux avis du Commissaire allemand, le Comité de l’AG confirme l’ordre de grève des auditoires - qui sera suivi - et précise : « Nous affirmerons notre volonté de défendre jusqu’au bout les principes, les doctrines et le patrimoine intellectuel de l’Université Libre de Bruxelles. […] Les événements nous verront unis et résolus. Ils réaliseront la solidarité totale de notre corps universitaire qui répond NON ! à ceux qui voulaient nous soumettre. »

Fidèle à sa parole, l’Association générale organise dès le 30 novembre des permanences et conseille aux 2700 étudiants de s’y adresser pour recevoir des instructions et se maintenir en contact avec leurs camarades. Puis, début décembre, l’AG souligne par lettre circulaire qu’il est urgent d’organiser l’activité scientifique des étudiants « jusqu’au moment où l’apaisement du conflit leur permettrait de se présenter aux examens. » Le Comité demande donc aux étudiants de former « des groupes d’étude dont un responsable se mettra en contact avec les délégués des offices des cours ». L’AG annonce également qu’elle va « organiser, dans chaque Cercle facultaire, des séminaires d’étude. »

A ce moment, l’AG prend des précautions. Le président de l’AG, Jean Mardulyn, convoque certains étudiants impliqués dans la Résistance. Sous le nom de « Rassemblement estudiantin » est ainsi créée une organisation illégale destinée à doubler l’AG si celle-ci était interdite ou si ses dirigeants étaient arrêtés.


Le 9 décembre 1941, l’Administration militaire « ordonne » la fermeture de l’ULB et transfère toutes les attributions du Conseil d’Administration au Commissaire allemand en charge l’Université.

Des sanctions sont prises contre les membres du Conseil d’Administration de l’Université et les membres du Comité de l’AG. Cinq membres de l’AG, dont le président, sont incarcérés temporairement à la prison de Saint-Gilles ou à la citadelle de Huy.

A partir de cette date, l’AG, l’Union des Anciens Etudiants et le Corps professoral vont créer une Université dans la clandestinité avec l’aide de la Ville de Bruxelles. Par la suite, nombre d’étudiants poursuivent leurs études à Liège ou Louvain.

Le Groupe G

Par son action, l’Association générale a participé à la diffusion d’un état d’esprit et de pratiques propres à la Résistance.

De nombreux dirigeants de Cercles étudiants qui ont vécu côte à côte les années politiquement tendues de la guerre d’Espagne (1936-1939) à l’Occupation s’engagent d’ailleurs dans le combat antinazi, avec les Etudiants socialistes unifiés (1), dans les Partisans armés (2) (proches du Parti communiste belge) ou dans le Service de sabotage Hotton (fondé en 1940 par treize ULBistes, dont plusieurs membres des Etudiants Wallons). Beaucoup le paieront de leur vie.

D’autres se rendent en Angleterre pour se mettre à la disposition du gouvernement en exil.

En 1942, le Groupe G - l’un des réseaux de Résistance les plus performants - se forme autour de Jean Burgers, de Richard Altenhoff et de Robert Leclercq (trois Anciens du Cercle du Libre Examen) ainsi que d’Henri Neuman (ancien président du Cercle de Droit). Parmi la trentaine d’ULBistes qui les rejoignent bientôt, figurent des signataires de la résolution de l’AG du 25 novembre 1941, dont Jean Mardulyn et Richard Lipper (Bureau de l’AG) et René Ewalenko (président du Cercle Solvay). Citons également André Wendelen (ex-président du Cercle de Droit) et Christian Lepoivre (ex-président du Librex), parachutés de Londres. (3)

Jean Burgers, exécuté par pendaison à Buchenwald en septembre 1944, à 27 ans.

Né au sein de notre Alma Mater, le Groupe G rassemble plus de 3000 hommes et femmes, au-delà des barrières politiques et religieuses. Leur but : freiner et si possible détruire l’apport économique et industriel que la Belgique est contrainte de fournir à l’Occupant, en sabotant les moyens de communication (chemin de fer, voies navigables et routes) ainsi que le transport d’énergie électrique.

Pour mener à bien son objectif, le Groupe s’est structuré sur le modèle souple d’une entreprise : le pays est organisé en dix régions, subdivisées en secteurs et cellules. L’Etat-major national centralise les informations (à Bruxelles) et décide des actions mais chaque région et cellule dispose d’une autonomie de décision dans le cadre de directives d’ensemble. C’est l’Etat-major qui se charge de l’approvisionnement financier et matériel (notamment en armes) des différentes sections, avec principalement l’aide de Londres.

Afin de concilier les nécessités d’une action collective et d’une discipline librement consentie avec une conception démocratique de l’organisation, les dirigeants du Groupe, Jean Burgers (arrêté en mars 1944) et Robert Leclercq, choisissent de dialoguer et donc de se déplacer pour régler les conflits internes et les questions de fond.

Si les sabotages sont préparés de manière théorique, les conséquences de chaque action menée sont en effet pesées et débattues. D’une part, le Groupe G tient compte d’éventuelles représailles allemandes sur la population et veille à ce que l’endommagement d’un outil de production n’entraîne pas la déportation d’ouvriers belges vers des usines allemandes. D’autre part, le Groupe s’attache à « ne détruire ou ne paralyser définitivement qu’un minimum d’équipement durable, de manière à restaurer rapidement la capacité productive de la nation et le plein emploi de ses travailleurs, une fois le pays libéré. »

Le succès de ses actions, le Groupe le doit à l’apport des scientifiques et des civils. Des professeurs de l’ULB - comme Jean Lameere - et des assistants déterminent non seulement avec précision la manière la plus efficace et la moins onéreuse de détruire des écluses, des aiguillages de chemin de fer ou des pylônes électriques mais mettent aussi au point les explosifs et les détonateurs. Les industriels, les cheminots, les éclusiers - comme tant d’autres citoyens ordinaires qui constituent la base du Groupe - fournissent des renseignements techniques précieux.

Un des célèbres faits d’armes du « G » est la « Grande coupure ». Le soir du 15 janvier 1944, entre 20 et 23 heures, de La Louvière à Courtrai, 28 pylônes essentiels et difficiles à réparer sont abattus à l’explosif. Cela paralyse les usines d’armement de la Rhur, qui s’approvisionnent en énergie en Belgique. L’Allemagne perd ainsi plusieurs milliers d’heures de travail, ce qui représente plusieurs centaines d’avions, de chars et de sous-marins qui n’affronteront jamais les Alliés. C’est probablement le plus bel exemple d’une action scientifiquement étudiée et coordonnée au niveau national par le Groupe G.

[Olivier Hertmans et Micheline Mardulyn]
in Théodore, magazine trimestriel de l'Union des Anciens Etudiants,
n°20, janvier-février- mars 2014.


(1) Les ESU (dirigés par Jacques Leten, président du Cercle de Droit) entreprennent entre autres des actions de guérilla urbaine.
(2) C’est le Partisan Armé. Jean Coppens qui exécutera Louis Fonsny, ancien dirigeant du Cercle du Libre Examen devenu journaliste pour « Le Soir » contrôlé par l’Occupant.
(3) Richard Lipper est fusillé au Tir National le 17 février 1944. Richard Altenhoff, dénoncé par un agent double, est fusillé au Tir National le 30 mars 1944.
 
Monument de l'ULB érigé en 1996 "en hommage  aux résistants du Groupe G
et à tous ceux qui, au-delà des barrières idéologiques,
se sont levés contre la négation de l'Homme

et le silence imposé à la pensée humaine."
 
Bibliographie :
* Bruxelles Universitaire du 7 octobre 1948.
* Andrée Despy-Meyer, Alain Dirkens et Franck Scheelings, « 25.11.1941, L’Université libre de Bruxelles ferme ses portes », Archives de l’ULB, 1991.
* Daphné Desmedt et Pol-Henry Verdonck, « Résistance à l’ULB »,
feuillet publié par le Cercle du Libre Examen.
* Henri Neuman, « Avant qu’il ne soit trop tard. Portraits de résistants », éd. Duculot, 1985.