Dans la brève "Aux origines des sociétés d'étudiants" , nous avons signalé que les Landsmannschaften, apparues au 16ème siècle, furent les premières sociétés d'étudiants à codifier leurs coutumes par un Comment. Cet ensemble de rites est aussi parfois appelé Biercomment.
Il en existe des longs et des brefs, des sévères et des drôles. Qu'ils soient épurés ou d'une complexité burlesque, l'humour au second degré n'est jamais loin.
Les premiers Comment ont été rédigés en allemand. Mais certaines sociétés d'étudiants suisses les ont adaptés en français.
Nous avons choisi de présenter le Comment édité en 1902 par la section genevoise de la Société de Zofingue (et non pas les versions plus récentes) afin de souligner l'ancienneté de rites étudiants que nous avons adoptés et adaptés dans les universités belges. (Lisez les brèves : "La tenue d'une Kneipe, d'un Cantus", "Silentium ex ! Colloquium !" et "Ad diagonalem ! Ad fundum !").
Les commentaires (assez brefs) des articles du Comment ont été placés en tête des pages reproduites ci-dessous.
Les séances sont rythmées par deux actes. Lors du premier acte, les membres discutent des questions administratives et présentent leurs différents sujets de discussion. Lors du second acte, l'assemblée passe aux réjouissances et aux jeux de bière.
Le terme "philistins" désigne en général les personnes qui n'appartiennent pas à une société d'étudiants. Mais certaines sociétés attribuent ce vocable à leurs anciens membres.
Lors d'une Kneipe, le temps est compté en "bierminuten". Et comme le temps passe plus vite le verre à la main, 5 bierminuten valent 3 minutes philistines.
La "fleur" est première gorgée d'une bière. A l'inverse, le "reste" est la dernière gorgée.
La Corona est composée de l'ensemble des membres attablés.
Les lettres "F.M." désignent le Fuchs-Major, chargé de la formation folklorique des nouveaux membres (appelés Füchse, c'est-à-dire "renards"). Les membres admis sont appelés Burschen (c'est-à-dire "gars").
Le §11 est le plus sacré des paragraphes. Dans de nombreux Comment, il reprend l'adage "Es wird immer fortgesoffen". Dans cette édition, la consigne a été francisée. Mais l'idée reste la même : on boit toujours trop.
Le "Burschenconvent", appelé "Gerousia" dans cette édition, est l'assemblée des Burschen. Et le "Fuchseconvent" est l'assemblée des nouveaux (les Füchse). Chaque Fuchs est parrainé par un Leibbursch.
Un "Ehrenfuchs" et un "Ehrenbursch" sont un fuchs d'honneur et un bursch d'honneur, ce qu'on pourrait traduire par filleul d'honneur et parrain d'honneur.
Un "Quantum" désigne une quantité et un "Ganz" un verre entier...
Contrairement à ce qu'indique son nom, le "Contre-président" (appelé parfois Contra) a pour tâche de seconder le président (le Senior).
Recommander un membre au Fuchs-Major ou au président revient à demander la parole ou une certaine quantité de bière pour lui.
Une coquille s'est glissée dans le Comment : lisez "pro laude" (à la place de "pro lande"), pour le verre de récompense que boit un membre.
On verra dans le "bierjung" une parodie des duels à la rapière. Dans ce rite bibitif, les verres sont d'ailleurs appelés "armes" et l'on dit qu'un membre "a saigné" lorsqu'il a renversé de la bière en buvant.
Boire "in die Welt", c'est boire "dans le monde" suivant l'idée que la Corona est une petite société.
"Ueber's Kreuz trinken" est un rite bibitif pour "boire de façon croisée" ou plus exactement pour renvoyer l'hommage à celui qui invite à boire.
Au cours de la cérémonie d'intronisation, on verse de la bière sur la tête du néophyte.
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jeudi 24 mai 2012
Comment de la Société de Zofingue
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mercredi 18 avril 2012
Variations sur une Salamandre
A l'ULB
L'article précédent signalait que de nombreuses versions du rite bibitif de la Salamandre ont dû être pratiquées en Belgique (lisez le dernier paragraphe de : [Salamandre et cérémonie de l'à-fond])
Voici l'une d'elle : la Salamandre décrite dans le "Guezenliederboek" de la VUB (publié en 1967 dans le même livret que les "Fleurs du Mâle") se révèle différente de la version pratiquée en Allemagne et en Suisse. Telle qu'elle y est mentionnée, la Salamandre sert de rite de boisson mais est aussi employée comme rite d'ouverture de cantus.
Le rite se déroule comme suit :
"- Ad exercitium sanctissimi salamandris, omnes commilitones qui adsunt, surgite.
- Surgimus !
- Heffen wij het glas ter hoogte van de joewissantie van deze avond... van... van... (etc.) Waar is de brand ?
- Hier.
- Waar zijn de pompiers ?
- Hier.
- Zijn de spuiten klaar ?
- Ja.
- Spuit dan op het kommando van 1, 2, 3. Ad fundum."
Voici l'une d'elle : la Salamandre décrite dans le "Guezenliederboek" de la VUB (publié en 1967 dans le même livret que les "Fleurs du Mâle") se révèle différente de la version pratiquée en Allemagne et en Suisse. Telle qu'elle y est mentionnée, la Salamandre sert de rite de boisson mais est aussi employée comme rite d'ouverture de cantus.
Le rite se déroule comme suit :
"- Ad exercitium sanctissimi salamandris, omnes commilitones qui adsunt, surgite.
- Surgimus !
- Heffen wij het glas ter hoogte van de joewissantie van deze avond... van... van... (etc.) Waar is de brand ?
- Hier.
- Waar zijn de pompiers ?
- Hier.
- Zijn de spuiten klaar ?
- Ja.
- Spuit dan op het kommando van 1, 2, 3. Ad fundum."
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| Carte postale envoyée le 23 août 1899 d'Aachen. Pour préciser qu'il s'agit du rituel de la Salamandre, le dessinateur a représenté la bestiole en bas à droite. |
"Le Senior : Pour l'exercice de la très sainte Salamandre, tous les Commilitones présents, surgissez ! (ou "levez-vous !")
- L'assemblée : Nous surgissons ! (les membres se lèvent)
- Le Senior : Nous levons le verre à la jouissance de cette soirée... de... de... (etc.) Où est le feu ?
- L'assemblée : Ici.
- Le Senior : Où sont les pompiers ?
- L'assemblée : Ici.
- Le Senior : Les lances sont-elles prêtes ?
- L'assemblée : Oui.
- Le Senior : Arrosez donc au commandement de 1, 2, 3. Ad fundum !"
Le thème du "pompier", employé dans cette version de la Salamandre, revient souvent dans le folklore ulbiste de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème siècle. Nous y reviendrons plus longuement. Mais disons déjà que si c'est un clin d'oeil évident au gosier en feu qu'il faut éteindre, c'est aussi un rappel de la pompe employée pour propulser la bière hors du fût mis en perce.
Mais le thème du pompier se prête bien au rite de la Salamandre... La salamandre terrestre, appelée aussi "salamandre de feu", est un amphibien dont le corps noir mesure une vingtaine de centimètres et est tacheté de jaune. Elle se déplace lentement. Le martellement du verre dans le rituel étudiant fait sans doute allusion à sa démarche pataude. Et le frottement du verre pratiqué lors de la cérémonie rappelle sans doute les frottements circulaires que le petit animal doit effectuer pour se débarrasser de ses mues... Un signe d’évolution ?
Autre image forte : cet amphibien vit essentiellement la nuit (l'étudiant guindailleur aussi d'ailleurs...) Le jour, la salamandre se niche dans des bois morts. On a vu autrefois des salamandres cachées dans des bûches s’échapper de foyers de cheminée. C’est sans doute cela qui a donné naissance à la légende selon laquelle la salamandre naît dans le feu ou y séjourne. On y verra ce qu'on voudra comme symbole : de toute façon, de nombreuses hypothèses circulent sur l'origine de ce rituel étudiant.
Au grand écran
Lors de ses passages au grand écran, la Salamandre a aussi connu de nouvelles mutations. On mentionnera celle du célèbre "Student prince", film musical tourné par Richard Thorpe en 1954. Les mauvaises langues diront qu'elles préfèrent le"Student prince in Old Heidelberg", tourné par Lubitsch en 1927, qui a au moins le mérite d'être un film muet...
La Section vaudoise de l'Helvetia connaît une Salamandre similaire à celle présentée dans ce film. Lors de l'Ehrensalamander helvétienne, le président déclare : "Fiat exercitium Salamandris in honorem (...) : Salamander, Salamander, Salamander, primo, secundo, tertio, bibite, ex !". En écoutant ses paroles, les sociétaires frottent leur verre sur la table. Ils le vident au commandement de "Ex !". Ensuite, chacun tambourine avec sa chope sur la table, jusqu'à ce que le président ait bu la sienne et ait dit "Salamander ex !" (Comment de l'Helvetia vaudoise, 2009)
La Section vaudoise de l'Helvetia connaît une Salamandre similaire à celle présentée dans ce film. Lors de l'Ehrensalamander helvétienne, le président déclare : "Fiat exercitium Salamandris in honorem (...) : Salamander, Salamander, Salamander, primo, secundo, tertio, bibite, ex !". En écoutant ses paroles, les sociétaires frottent leur verre sur la table. Ils le vident au commandement de "Ex !". Ensuite, chacun tambourine avec sa chope sur la table, jusqu'à ce que le président ait bu la sienne et ait dit "Salamander ex !" (Comment de l'Helvetia vaudoise, 2009)
Mentionnons également les multiples Salamandre exécutées dans le film Alt Heidelberg, tourné par Ernst Marischka en 1959. Dans ce film, le Senior déclare "Silentium ! Ad exercitium Salamandris !" Au compte de trois, les confrères lèvent leur verre. L'un d'eux crie "Prost !" et chacun vide son verre. Au bout du deuxième compte de trois, les convives reposent les verres sur la table. Pendant le troisième compte jusqu'à trois, les verres sont agités sur la table. Un dernier compte de trois est effectué et les verres sont choqués sur la table au mot "trois".
Guindaille, cérémonie de l'à-fond et Salamandre
C'est sous la plume de De Breyne-Du Bois que l'on retrouve l'une des plus anciens emplois du mot "guindaille". Dans ses "Vieux Souvenirs" (publiés en 1906), De Breyne explique que les séances des Adelphes, fondés en 1847, étaient émaillées de multiples "une guindaille, une guindaille…" qui annonçaient une chanson. Mais le sens exact du mot "guindaille" tel qu'il est employé à cette époque n'est pas précisé.
On en apprend un peu plus avec "L’Etudiant, organe de la jeunesse libérale universitaire". Le 5 janvier 1887, le journal publie un poème de Ch-L. Juvenis sous le titre simple (mais prometteur) de "Guindaille". Le terme "guindaille" est ici synonyme de cérémonie d’à-fond :
On en apprend un peu plus avec "L’Etudiant, organe de la jeunesse libérale universitaire". Le 5 janvier 1887, le journal publie un poème de Ch-L. Juvenis sous le titre simple (mais prometteur) de "Guindaille". Le terme "guindaille" est ici synonyme de cérémonie d’à-fond :
Guindaille
Le cercle gai s’est recueilli ;
L’ordonnateur, calme, officie
Et voici que l’on s’extasie,
En levant haut le verre empli.
Les chopes tombent en cadence
Avec un bruit clair de cristaux,
Ou, pareilles à des marteaux,
Tapent sur le plancher qui danse.
Les ordres se suivent nombreux ;
Une chanson faite pour eux
Scande les mouvements rythmiques.
Et soudain montent au plafond
Les vieilles paroles épiques :
"Une ! deux ! trois ! pompez à fond !"
Le rite décrit dans ces vers de mirliton fait écho à la cérémonie de l’à-fond et à la Salamandre.
D’une part, la cérémonie de l’à-fond, comporte un temps de silence puis des ordres, une chanson et des mouvements puis le compte jusqu’à trois. D'autre part, la Salamandre comporte un temps de silence puis des ordres, des mouvements, le martellement des chopes sur la table et le compte jusqu’à 3. S'il est de prime abord difficile de savoir à quoi le poème fait précisément référence, George Garnir - l'auteur du "Semeur" - nous aide à y voir plus clair.
La cérémonie de l’à-fond
On retrouve le déroulement de la cérémonie de l'à-fond sur le vinyl de "Chansons d’étudiants", chantées par la chorale de l’ULB sous la direction de Robert Ledent.
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| Disque édité par la Chorale de l'Université libre de Bruxelles Photo empruntée au site Quevivelaguindaille.be |
Lorsque les membres sont debout et découverts, le président de séance dit :
"Camarades, vos gueules !
Il est temps de procéder à la cérémonie de l'à-fond.
A la hauteur de la petite gargouillette !
Il est temps de procéder à la cérémonie de l'à-fond.
A la hauteur de la petite gargouillette !
A la hauteur de la moyenne gargouillette !
A la hauteur de la grande gargouillette !
Humons la guindaille ! (l’assemblée respire l’odeur de la bière et s’exclame : Aah !)
Poussons un soupir de satisfaction ! (l’assemblée s’exécute)
Un, deux, trois ! A-fond !"
C'est très certainement à cette cérémonie que fait allusion le poème publié par "L’Etudiant" en janvier 1887. La revue Eendracht maakt macht jouée en février 1888 par le Cercle des Nébuleux le confirme. En effet, au deuxième acte, le bon vieux professeur Petit d'Enghien faisait "un cours de philosophie où il expliquait scientifiquement l'origine de la guindaille et comment, avant de la pomper, il faut l'approcher pendant trois secondes de la grande gargouillette, à la distance d'un fifrelin." (George Garnir, "Souvenirs d'un revuiste", 1926) L'identicité du vocabulaire employé dans le poème, dans la revue des Nébuleux et par la Chorale de l'ULB ne laisse guère planer de doute : tous trois concernent la même cérémonie d'à-fond.
Cette joyeuse cérémonie bibitive était encore pratiquée dans les années 1960, par les Frères Truands, d’après le témoignage d’un Poil de l’époque. Il ne reste plus qu'à lui redonner force et vigueur...
Quant au "fifrelin" évoqué dans la pièce des Nébuleux, s'il a disparu de la cérémonie de l'à-fond de l'ULB (telle qu'elle est reprise sur le disque de la Chorale), il est encore mentionné aujourd'hui lors de la cérémonie de l'à-fond de l’Academicus Sancti Michaëlis Ordo (ASMO), une corporation étudiante de Louvain.
Cette joyeuse cérémonie bibitive était encore pratiquée dans les années 1960, par les Frères Truands, d’après le témoignage d’un Poil de l’époque. Il ne reste plus qu'à lui redonner force et vigueur...
Quant au "fifrelin" évoqué dans la pièce des Nébuleux, s'il a disparu de la cérémonie de l'à-fond de l'ULB (telle qu'elle est reprise sur le disque de la Chorale), il est encore mentionné aujourd'hui lors de la cérémonie de l'à-fond de l’Academicus Sancti Michaëlis Ordo (ASMO), une corporation étudiante de Louvain.
La Salamandre
La Salamandre, rite de boisson en l’honneur de quelqu’un, se pratiquait originellement dans les sociétés d’étudiants suisses et allemands. Mais on retrouve des variantes de ce rite dans de nombreuses universités d’Europe, en fait dans la plupart des sociétés d’étudiants qui pratiquent les règles de la Kneipe. Lisez [La tenue d'une Kneipe, d'un cantus] et [Ad diagonalem ! Ad fundum !]
Le Comment de la section genevoise de la Société de Zofingue, de 1902, livre une des variantes du rituel :
"La Salamandre est le plus grand honneur bachique qu’on puisse faire à quelqu’un. Elle se frotte debout et tête découverte. Le président, le Fux-Major et les plus vénérables des Burschen seuls ont le droit de la commander. Elle s’exécute comme suit :
Silentium ad exercitium Salamandri. Fiat exercitium Salamandri in honorem X…
Salamander, Salamander, Salamander fit.
(A partir du mot "fiat" les assistants frottent leur verres en rond sur la table, ils le relèvent à "fit" .)
Bibite ex. (Les assistants boivent ce qui reste dans leur verre).
1, 2, 3 ! (à 3, on agite bruyamment les verres sur la table)
1, 2, 3 ! (à 3, on relève les verres)
1, 2, 3 ! (à 3, on repose avec ensemble et force les verres sur la table)
Salamander ex !"
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| Carte postale le 18 janvier 1902 par une société étudiante allemande non mentionnée. Comme le dit le texte, elle salue et "frotte une vigoureuse (Salamandre)" |
La Salamandre de l’ASMO
Le rituel de Salamandre publié en 1942 dans le Codex de l’Academicus Sancti Michaëlis Ordo (ASMO) fusionne la Salamandre traditionnelle et la cérémonie de l’à-fond.
Les pintes sont remplies, puis le président déclare : "Silentium ! Salamandre en l’honneur de… Ad exercitium Salamandris, omnes commilitones, surgite !"
L’assemblée se lève et répond : "Surgimus !"
Le président reprend et indique à l’assemblée les gestes qu’elle doit faire. Il peut donner divers commandements improvisés (comme à hauteur de l’épaule droite, des pariétaux…) mais il donne le plus généralement les commandements suivants :
"A hauteur de la petite gargouillette ! (le verre est placé devant la braguette)
A hauteur de la moyenne gargouillette ! (le verre est placé devant le nombril)
A hauteur de la grande gargouillette ! (le verre est placé devant la bouche)
A un fifrelin de la lèvre inférieure !
Un reniflement de satisfaction !
Au troisième commandement, à-fond !
Un… Deux… Trois…"
Puis les membres de l’assemblée secouent leur pinte sur la table jusqu’à ce que le président demander de cesser en disant : "Finis Salamandris sit !" Et tous les membres frappent alors ensemble leur pinte sur la table.
C'est dans cette version que le rite a été réintroduit à l'Université Libre de Bruxelles par la Société du Grand Clysopompe.
Les étudiants de la Société de Belles-Lettres Neuchâtel pratiquent encore ce rituel, en 2015. Mais l'emploient pour un duel à la bière, qui règle les conflits mineurs entre membres. Les termes spécifiques à la Salamandre (en début et en fin de rite) ne sont donc pas prononcés. Cela pose donc une nouvelle fois la question des contacts et échanges entre les étudiants belges leurs camarades suisses.
C'est dans cette version que le rite a été réintroduit à l'Université Libre de Bruxelles par la Société du Grand Clysopompe.
Les étudiants de la Société de Belles-Lettres Neuchâtel pratiquent encore ce rituel, en 2015. Mais l'emploient pour un duel à la bière, qui règle les conflits mineurs entre membres. Les termes spécifiques à la Salamandre (en début et en fin de rite) ne sont donc pas prononcés. Cela pose donc une nouvelle fois la question des contacts et échanges entre les étudiants belges leurs camarades suisses.
Et ailleurs...
La Salamandre est encore pratiquée de nos jours dans tous les Ordres calottés, du moins chez les plus anciens. A Malines, il existe par ailleurs l'Ordre de la Salamandre, créé en 1885 dans le giron du Mechelse Katholieke Studentenkring (MKS), devenu plus tard le Koninklijke Mechelse Katholieke Studentenkring (KMKS).
![]() |
| Document de Benoît Bacchus P.nc.n La salamandre est couronnée d'une calotte. |
A l'ANLO, l'Ordre académique de Louvain-La-Neuve, après la formule du praeses telle que décrite dans le Grand-Maître précise à quelle hauteur la Salamandre est lancée et "passe" la Salamandre à une personne de son choix dans l'assemblée, qui peut elle aussi inviter à boire "à la séance, à nos couleurs, aux femmes en guindaille..." Cela continue jusqu'à ce que la Salamandre soit renvoyée au Grand-Maître, qui lance l'à-fond. Lorsque ce dernier a conclu par "Salamandres finis sit", on claque le verre sur la table.
A Leuven, le club Gaudeamus dispose de "cordes de salamandre". Selon cette tradition issue des corporations allemandes, chaque membre fait un nœud lorsqu'il assiste à une salamandre et deux nœuds lorsqu'il lance une Salamandre.
La Salamandre mortuaire
Dans "Choses universitaires. Les chansons d’étudiants dans les universités allemandes", publié à Gand en 1896, l’ex-étudiant de l’Université de Louvain Armand Thiéry décrit une Salamandre mortuaire telle qu’il l’a pratiquée dans une corporation estudiantine à Bonn.
En cas de décès d'un membre, la salle de réunion est éclairée de trois "sépulchrales chandelles". "Alors le président, le senior, comme on l’appelle, se lève solennellement ; il a la lourde rapière étendue sur la table, il la brandit et la frappe toute retentissante sur la planche de chêne. Silentium strictissimum !" Plusieurs chants de deuil sont ensuite entonnés. Le dernier raconte que "Dans une société de trois jeunes gens, deux meurent sur le coup ; le survivant, par hâblerie, fait remplir de bière le verre des défunts. En riant, il choque le verre des défunts et il tombe mort en buvant à leur santé."
"Après cette dernière chanson macabre, nous dit Armand Thiéry, on casse solennellement le verre du membre décédé. Pour cela, la salle est plongée dans l’obscurité la plus complète. Au milieu, d’un silence de mort, le Senior commande une Guindaille ou Salamander à l’honneur du mort. Pour cette Salamander, le cliquetis des verres se bat sur le plancher, comme si on trinquait avec le sol qui a reçu le défunt dans sa suprême couche de terre ; puis, cette Salamander terminée, le Senior projette de toutes ses forces sur le sol son verre qu’on entend éclater en mille pièces, et dans l’obscurité l’assemblée s’écoule lentement après être restée enveloppée en un silence obsédant, qui impressionne douloureusement."
Remarquons que comme dans le journal libéral "L’Etudiant" de 1887, Armand Thiéry associe le terme à Guindaille une cérémonie d’à-fond, c’est-à-dire de Salamandre. Et comme dans le journal "L’Etudiant", il est question de chopes que l’on martelle sur le sol.
La comparaison s’arrête là mais les points de convergence entre ces différentes cérémonies sont néanmoins nombreux. Précisons seulement que "Reikt de kan de tafel rond ! 75 jaar B.L.B.-B.S.C-K.S.C" , publié en 2000 à Louvain, nous apprend qu’en 1926 l’on buvait encore "verschillende Leuvense salamanders" : on n’a donc pas pratiqué qu’une seule version de la Salamandre en Belgique.
![]() |
| Cette carte a été envoyée de Pecq (près de Namur) à Gand le 14 novembre 1908. La Salamandre (représentée erronément sous la forme d'un lézard) s'est enroulée autour de la chope, qui sera frottée. |
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