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mercredi 5 janvier 2022

A bas la triple buse !

Cet insigne de 4 cm de long a été frappé à l'occasion de la Saint-Verhaegen 2021. On y reconnaît l'ennemi héréditaire des Poils et Plumes : la triple buse.

Un corps en "tube creux à l'intérieur", des ailes d'oiseau de proie, un haut de forme de Bourgeois telle est la bête qui décime les auditoires. On la rencontre pour la première fois sous cette forme en 1853 dans le journal Le Crocodile, sous le crayon de Félicien Rops, qui la place dans le blason des Crocodiles.

Sur le chapeau de ce spécimen figurent, nous dit-on, le point d'exclamation de l'action estudiantine et le point d'interrogation de la réflexion.

Collection En Bordeaux et Bleu

samedi 3 août 2019

Que de buses ! : une Revue de 1914 et une penne du CP

"C'est une revue, une revue d'escholiers, où l'on parle de tout, des dernières plaisanteries, de la loi scolaire et du conseil des hospices". Cette Revue, c'est "Que de Buses !", donnée par le Cercle polytechnique le jeudi 26 février et le samedi 28 février 1914 à l'occasion de son trentième anniversaire. Elle doit son succès à la plume de Ere Jih, pseudonyme de Raymond Jacqmot (qui sera président de l'Union des Anciens Etudiants en 1955).

Une affiche superbe


L'affiche de cette revue est tout simplement superbe. On y voit un Poil du CP habillé en danseuse étoile. Sa tenue est faite d'une énorme buse, ce chapeau porté - comme chacun sait - par l'étudiant festif. Il tient un plateau

Ce document nous informe indirectement sur l'allure générale de la penne des Poils du CP avant la guerre 1914-1918. En effet, sur cette affiche, la penne de l'étudiant comme la buse qu'il porte sont ceintes d'un ruban rouge et vert, aux couleurs de Bruxelles. Ce ruban était répandu dans les différentes facultés,
jusqu'en 1926, année où l'Assemblée générale décida que chaque cercle facultaire porterait un ruban de couleur spécifique sur sa penne.
 
Penne et buse arborent aussi toutes deux une rosette - également rouge et verte - où est épinglé l'emblème du CP. La rosette disparaîtra après la guerre (avant 1926). Sur cette affiche d'avant-guerre, la penne porte des étoiles à cinq branches. Après le conflit, les étoiles seront à 6 branches.




Au milieu des épures et d'ouvrages consacrés à l'Instabilité des matériaux, aux Caricatures industrielles et L'étudiant offre les têtes de deux professeurs sur un plateau… On sent toute l'irrévérence…

Livret de l'auteur

Dans cette revue en "une proplainte, une complainte et deux plaintes", on croise Raymonde Boissy dans le rôle de la Commère et Hermann Ghin dans le rôle du Compère, ainsi que
le célèbre Caïman - l'étudiant éternel -. Le règlement de la revue précise en son article 13 que "Les messieurs qui, à l'apparition de la commère, seraient frappés de folie amoureuse seront remis entre les mains du Dr Laid" tandis que l'article 14 indique que "Les dames frappées du coup de foudre, à l'apparition du compère, sont priées de l'attendre à la sortie".

Le hasard a voulu que l'on mette la main sur le livret de l'auteur de la Revue, Raymond Jacqmot. On dispose ainsi des dédicaces chaleureuses des acteurs à celui qui leur a valu des applaudissements nourris, si l'on en croit les critiques.


Couverture due à la main de Lip,
représentant un épouvantail à étudiant,
coiffé - évidemment - d'une buse.

Dédicace du dessinateur Lip où il évoque ses liens solides avec l'auteur :
"Les nombreuses années universitaires parcourues ensemble,
l'atmosphère brûlante des revues,
la vie agitée de la scène […] "

Dédicade de H. Ghin : "Mon cher Raymond,
J'ai toujours trouvé en toi un ami sincère et dévoué.
Aussi ce fut pour moi un réel bonheur de jouer le compère de tes revues […] "


Dédicace de E. Bernier : "Mon cher Jacqmot,
Après Es l'Alambic, voilà passé Que de buses !
Et je puis t'affirmer que nos excellents rapports d'amitié
n'ont fait que trouver l'occasion de devenir plus grands et plus forts.
Crois bien que chaque fois que l'occasion s'en présentera, tu me trouveras
tout dévoué au très bon auteur et à l'excellent camarade […]"



Des critiques élogieuses

Le Pourquoi Pas ? consacre une part conséquent de sa livraison vespérale du 26 février à la revue du CP. Mais pouvait-on s'attendre à autre chose de la part d'une gazette fondée par
George Garnir, l'immortel auteur du Semeur et l'une des plumes de la revue estudiantine Eendracht maakt macht en 1888 ?




Ces différents documents nous ont été transmis par Jan V.n d. V.l, Bram D.sm.t et B.n..t Bacchus P.nc.n. Merci à eux.

lundi 9 juin 2014

La Buse : un oiseau, un tuyau, un chapeau et une chanson

Composée peu après la guerre 1914-1918, "La Buse" est imprimée pour la première fois dans les "Fleurs du Mâle" de 1935.

Depuis au moins le 16ème siècle, on traite un faible d'esprit de "buse", du nom du rapace idiot. Par glissement sémantique, ce mot désigne aussi - comme dans cette chanson - l'échec à un examen.

La Buse est l'adversaire héréditaire du Poil. Les Crocodiles en étaient déjà victimes en 1853. C'est d'ailleurs dans leur journal que figure la plus ancienne représentation de la Buse : Félicien Rops, par un calembour épouvantable, l'y représente sous la forme d'un tuyau coudé doté d'ailes.

Part la suite, des années 1920 aux années 1960, la Buse fait régulièrement son apparition dans la presse estudiantine sous les traits d'un chapeau buse (aussi appelé "haut de forme") ou d'un simple tuyau coudé.

Chanson unique ? Nouvel air !

Cette chanson est unique à plus d'un titre.

Tout d'abord, c'est la seule qui soit entièrement dédiée à l'ennemi juré des étudiants.

Ensuite, la Buse s'y exprime directement (sous la plume d'un auteur resté anonyme).

Enfin, elle est une démonstration par l'absurde que la Buse est bien un volatile stupide. Alors que les Poils la fuient depuis toujours, la Buse dit regretter l'amour que - croit-elle - les Nébuleux, les Sauriens et le célèbre Caïman lui portaient avant-guerre.

La Buse a néanmoins raison sur un point : les Poils ne vadrouillent plus avec autant d'insouciance qu'avant la guerre. D'une part, le premier conflit mondial a porté un coup moral aux étudiants bohêmes. D'autre part, l'Université - jusque là réservée à la haute bourgeoise - ouvre ses portes aux fils et filles de la classe moyenne : fini donc les guindailles onéreuses et les bals fastueux, dont les Nébuleux avaient le secret.

Autant de raisons de sortir ces couplets des limbes et de les rechanter lors des cantus.

"La Buse" s'entonne normalement sur l'air de "Verdun ! On ne passe pas !", une marche militaire écrite pendant le conflit. Cette mélodie est un peu complexe ; c'est sans doute pour cela qu'elle a été oubliée.

Nous proposons donc de reprendre "La Buse" sur l'air de "La petite Charlotte", qui a aussi l'avantage d'être plus rapide et plus joyeux.

"La Buse", dans la version de 1935

Air : "Verdun ! On ne passe pas !"

Avant la guerre, on respectait mon culte,
J’avais un tas d’adorateurs joyeux
Qui pour ne pas me lancer une insulte
M’adoptaient tous et sans espérer mieux.

Ah ! Les beaux jours de bohême et d’orgie
Quand je couvrais Sauriens et Nébuleux,
Le Ca-ïman m’aima toute sa vie
Que soit béni son amour fabuleux.

A ceux-là, d’un petit air tendre,
Quand ils venaient à l’examen,
Je disais sans faire d’esclandre :
« Halte-là, mes beaux chérubins.

Nos amours ne sont pas finies,
Pourquoi vouloir quitter mon bras ?
Je suis la buse, votre amie,
En juillet, on ne passe pas ! »


Las ! Maintenant un vent de labeur souffle
Sur les vieux murs de l’Université.
Je suis montrée du doigt par les maroufles
Se retranchant dans leur austérité.
Mais pour sécher mes yeux noirs qui s’embrouillent
Se sont levés les descendants des preux.
Je vais séduire encore quelques vadrouilles

Chantant la bière ainsi que leurs aïeux.

"La Buse" , illustrée par Jean Dratz in Les Fleurs du Mâle, 1948.


La reprise de "La Buse" sur l'air de "La petite Charlotte" impose de scinder les couplets et le refrain. La chanson s'y prête plutôt bien : le premier couplet parle en effet du passé et le second du présent ; de la même manière, la première partie du refrain parle du passé et la seconde du présent.  

Reprise de "La Buse"
sur l'air de "La petite Charlotte"

Avant la guerre, on respectait mon culte,
J’avais un tas d’adorateurs joyeux
Qui pour ne pas me lancer une insulte
M’adoptaient tous et sans espérer mieux.

A ceux-là, d’un petit air tendre,
Quand ils venaient à l’examen,
Je disais sans faire d’esclandre :
« Halte-là, mes beaux chérubins. »


Ah ! Les beaux jours de bohême et d’orgie
Quand je couvrais Sauriens et Nébuleux,
Le Ca-ïman m’aima toute sa vie
Que soit béni son amour fabuleux.

A ceux-là, d’un petit air tendre,
Quand ils venaient à l’examen,
Je disais sans faire d’esclandre :
« Halte-là, mes beaux chérubins.


Las ! Maintenant un vent de labeur souffle
Sur les vieux murs de l’Université.
Je suis montrée du doigt par les maroufles
Se retranchant dans leur austérité.

« Nos amours ne sont pas finies,
Pourquoi vouloir quitter mon bras ?
Je suis la buse, votre amie,
En juillet, on ne passe pas ! »


Mais pour sécher mes yeux noirs qui s’embrouillent
Se sont levés les descendants des preux.
Je vais séduire encore quelques vadrouilles
Chantant la bière ainsi que leurs aïeux.

« Nos amours ne sont pas finies,
Pourquoi vouloir quitter mon bras ?
Je suis la buse, votre amie,
En juillet, on ne passe pas ! »


L'écolier paresseux alias "la Buse", vus par le chocolatier Guérin-Boutron.

jeudi 12 décembre 2013

Le Poil mélancolique

En janvier 1929, Bruxelles Universitaire publie des rimes mélancoliques dédiées à Saint-Verhaegen. Entre étoiles et pilules, un Poil de Pharma évoque les "margailles" pleines de coups et de bosses ainsi que les inévitables croque-mitaines de l'étudiant d'alors : l'agent et le souteneur. Sans oublier les guindailles chez Gaspar, au Diable-au Corps, où s'apprennent les mille et une astuces pour distiller le Bourgeois (autrement dit l'art de lui vider son verre et son gousset, goutte de vin après goutte de bière, pièce après pièce),

Bruxelles Universitaire de janvier 1929.Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

dimanche 8 septembre 2013

Francis André et l'Océan

En mars, avril et mai 1928, Francis André (dit Clebs Phétide) livre deux dessins et une bande dessinée spinalienne qui ont comme toile de fond le voyage et la traversée de l'Océan.

Du rêve à la réalité, il n'y avait qu'un coup de crayon. Francis André - en rupture d'université - boulinguera sur des cargos.

Bien des années plus tard, en 1948, Bruxelles Universitaire se souvient de cet aventurier : "Francis André, lui, attendait le moment des inscriptions aux examens. Sa mère venait alors lui apporter l'argent nécessaire. A peine était-elle partie que Francis se rendait à Anvers et s'engageait comme matelot sur le premier bateau en partance pour l'Amérique du Sud." (Bruxelles Universitaire, 20 novembre 1948)

La mer habita longtemps l'imagination d'André. De 1936 à 1950 (avec une pause pendant sa captivité durant la Seconde guerre mondiale), il anima "Le sous-marin à voiles", petit organe indépendant de la navigation dolente et de la petite chanson trouble du continent maritime. On y retrouve sa poésie surréaliste et mélancolique.

Aventure ou fuite ?

Dans le dessin (joyeux) de mars 1928, la fanfare de l'ULB s'embarque pour le concours de Maracaïbo (au Venezuela), avec pennes et grosse caisse. Camarades, musique, bateau, voyage : l'aventure est là, dans ces quelques traits.


Bruxelles Universitaire, mars 1928.

En mai 1928, le ton a changé. Bruxelles Universitaire demande à sa Une "Après un an de galères,que vous reste-t-il comme espoir ?" Le Clebs Phétide répond "La Buse dont un ange vient nous coiffer." Et le bateau, vent dans les voiles, semble ici inviter à prendre le large.


Bruxelles Universitaire, mai 1928.

Un rêve éveillé

En avril 1928, Francis André marie son envie de voyager avec sa passion pour les machines compliquées. Dans une BD débridée, il imagine la traversée de l'Atlantique (avec un crochet par l'estaminet du Paon) à bord d'un engin alimenté au macon... Un voyage que Gabin aurait pu rêver au court d'une de ses mémorables cuites d'"Un Singe en hiver".






Extrait du Bruxelles Universitaire, avril 1928.

mercredi 21 août 2013

Impressions d'examen

Qu'elle se manifeste sous l'apparence d'un chapeau haut de forme ou d'un tuyau coudé, la Buse hante les caricatures estudiantines.

Le rapace crétin sévissait déjà à l'époque des Crocodiles : la plus vieille représentation de Buse que l'on connaisse figure en effet dans le journal Le Crocodile du 7 août 1853.

Si l'on connaît l'âge du zosieau ainsi que son goût pour les chapeaux et les tubes, son biotope reste un mystère. Et pour cause : on ne possède que très peu de dessins des amphithéâtres et des salles d'examen où la Buse esquisse ses premiers battements d'ailes.

Bruxelles Universitaire de décembre 1927 tâche d'y remédier avec une caricature d'un humour très noir (voire de mauvais goût) : le jour de l'examen, l'étudiant va se faire torturer sur une chaise... électrique ; une bouteille de rhum et une boîte de cigares attendent le "condamné".

Les amateurs apprécieront ce croquis en noir et blanc (d'ailleurs le seul de ce style publié par le B.U.) : la figuration du prof et de sa victime en ombres chinoises donne le rôle principal à la chaise.

La signature de l'auteur est malheureusement illisible.

Extrait du Bruxelles Universitaire de décembre 1927.

 
A la Une du Bruxelles Universitaire d'avril 1928, le Clebs Phétide (alias Francis André) aborde lui aussi le supplice de l'examen. Sous son crayon, un Poil vit ses derniers instants lors d'un examen au fond d'une crypte : "Vae victis !", "Malheur aux vaincus !"
 
Un ange s'apprête à coiffer le héros d'une Buse, tandis que les saints l'attendent aux champs Elysées avec un tonneau et une chope. Tous les acteurs de la scène portent la penne, sauf le prof (qui porte sa croix).
 
Dessin de Clebs Phétide, en Une du Bruxelles Universitaire d'avril 1928.

mercredi 27 mars 2013

Le Saint-Synode Saurien

Dès 1878, Louis Dollo supervise l'extraction de sauriens géants de la mine de charbon de Bernissart : les iguanodons entrent alors dans l'imaginaire collectif. Trente ans plus tard, en 1909, Dollo intègre l'ULB en tant que professeur de paléontologie. 

Or c'est vers 1910 que naît une nouvelle Société : les Sauriens. Le nom de ce cercle et son symbole (un squelette d'iguanodon) ainsi que les surnoms des membres (tels que "Mamosaurus Suculens") sont probablement un clin d'oeil à l'arrivée de Louis Dollo à l'Université.

On ignore quand les Sauriens ont disparu de la surface du globe. S'ils sont encore mentionnés à l'occasion de la Saint-Verhaegen de 1923, on perd leur trace après cette date.

Avant-guerre, les Sauriens cohabitèrent avec les Nébuleux et furent - semble-t-il - aussi bons amants de "La Buse" qu'eux. Dans les Fleurs du Mâle, la belle déclare : "Ah ! les beaux jours de bohème et d’orgie / Quand je couvrais Sauriens et Nébuleux". Le chansonnier de l'ULB n'a d'ailleurs conservé que le souvenir de ces deux Sociétés.

Dans l'immédiat après-guerre, alors que les Nébuleux s'éteignaient, les Sauriens continuèrent de guindailler mais cette fois aux côtés des Macchabées, récemment fondés. (Annuaire 1919-1920 de l’Union des Anciens Etudiants de l’U.L.B.).

C'est donc - probablement - aux Sauriens que l'on doit la transmission (et la préservation) du folklore des Sociétés intimes par-delà la "Grande guerre".

Activités publiques et intimes

Si l'on en croit, Et l'alambic ou La cornue enchantée, revue organisée par le Cercle des Sciences en 1913, les "jeunes Sauriens" étaient experts en punch et en madère. Et c'est encore eux qui servaient un punch bien chaud à l'ensemble des Poils lors de la Saint-Verhaegen 1923.

Les Sauriens organisaient donc des activités publiques, plutôt festives. Mais ils n'en étaient pas moins un cercle intime où l'on entrait par cooptation. Plus exactement, on pouvait déposer sa candidature pour y entrer (selon un fonctionnement proche de celui des Sociétés allemandes et suisses), comme le laisse penser une affichette pour les "Examens d'entrée" au Saint Synode Saurien (S.S.S.).

Elle fut placardée ad valvas (avec le paraphe du secrétaire de l'ULB) vers 1910. Elle n'est pas datée mais porte la signature du même Saurien qu'un carton de banquet de 1912. Les deux documents sont donc contemporains.

Cette affichette indique que les étudiants avaient une journée pour déposer leur candidature à l'Ultra, un café situé rue Cantersteen, à deux pas de la rue des Sols, où se trouvaient les premiers bâtiments de ULB.


Extrait  de l'unique affichette connue des Sauriens.
Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.
50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.



Sous le dessin d’un squelette d'iguanodon coiffé d'un chapeau buse (symbole de l'échec à un examen), un texte manuscrit annonce :
"Avis – Bericht au peuple de l’Uhelbé.
Le 15 Nicolose an II s’ouvrira la session pour les Examens d’entrée S.S.S pour la collation du grade d’Infect.
Les demandes doivent
1°) être rédigées sur feuille papier ministre
2°) énoncer les titres et références du postulant
3°) parvenir au F∴ Gd Greffier avant le 15 Niclose à minuit
4°) être adressées au F∴ Gd Greffier Riskosaurus Canotans, à l’Ultra.
5°) être accompagné de 0,50 , droit d’inscription non remboursable.

Droits des Infects
1°) Jouir de la société de Vénérables
2°) assister à des séances sauriennes
3°) porter sur leur casquette l’insigne et le ruban sauriens
4°) suivre un cours (théorique et pratique) de tapage nocturne de bourgeois
5°) avoir en communication les Livres Saints (Bible, Dogme et Jus Saurologicum)
6°) Passer, après un an de stage, l’examen de vénérable.


Le frère Grand Greffier, Riskosaurus Canotans"

Organisation interne des Sauriens 

Il est difficile de connaître le fonctionnement des Sauriens avant la Première Guerre mondiale. On ne dispose en effet que de quelques documents internes, d'ailleurs tous signés par le même Riskosaurus Canotans : des menus de banquet de 1912, une affiche et des cartes de membres d'honneur.

Seul carton connu des Sauriens.
Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.
50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

Néanmoins, l'affiche et les cartes de membres d'honneur permettent de tracer les grandes lignes de la Société. Si les Sauriens ne se qualifient pas d'Ordre, leur fonctionnement et leur mode de cooptation rappellent ceux des Sociétés désignées aujourd'hui par ce terme.

Le "Saint-Synode Saurien" - ainsi que s'appelait le Cercle - était présidé par un Grand Vénérable et sa correspondance était assurée par un Grand Greffier. Les autres postes du comité nous sont encore inconnus.

La "collation" du grade d'Infect était accordée après la réussite de l'examen d'entrée. Après un an de stage, on pouvait présenter l'examen de Vénérable. Les membres se répartissaient donc, en deux degrés, entre nouveaux et anciens. 

Il semble que l'un ou l'autre membre d'honneur ait également été reçu et qu'un parrain ait été chargé d'accueillir le nouveau venu. Nous ne pouvons que supposer qu'un parrainage était également en vigueur pour les membres ordinaires.

On notera que les termes Synode, Grand Greffier et Vénérable sont encore employés par les Macchabées (L.B. dans La Pensée et les Hommes. Sous le masque de la Franc-Maconnerie). Un bel et sympahique exemple de transmission de coutumes poiliques...

Notons enfin que les "séances" réunissant Infects et Vénérables se déroulaient sans doute selon des rites contenus dans des "Livres Saints" : "Bible, Dogme et Jus Saurologicum (autrement dit le Droit Saurien)".

Des surnoms

Les "Frères" - ainsi que les membres étaient désignés - portaient des surnoms.

Parmi les 15 signatures apposées sur un menu de l'agape fraternelle donnée le 20 novembre 1912, figurent 5 surnoms : un "Mamosaurus Suculens", un "Lunukausorus Timidus", un "Riskausorus Cantotans" , un "Quadros∴ Blafurens" et un "Commissauri Cocufactor".

L'histoire ne le dit pas mais il est possible que les 10 autres signataires étaient également Sauriens. 15... Un chiffre raisonnable si on le compare à la grosse douzaine de membres actifs que la plupart des Ordres actuels comptent chaque année.



Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.
50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

A en juger par les signatures griffonées sur le menu, les convives étaient en tout cas bien plus nombreux (une bonne trentaine) lors du banquet du 30 mai 1922 (donné à la Maison des Etudiants, si l'on se fie au latin de cuisine "Specialitatem domus Estudiantina").



Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.
50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.


Symboles sauriens

D'après les documents disponibles, les symboles utilisés en public par les Sauriens se comptent sur les doigts d'une main.  


Enveloppe au nom des Sauriens.
Il existe également du papier à entête.
Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.
50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.
 Les principaux symboles sont les trois points (d'origine maçonnique) entourés de trois S (signifiant Saint-Synode Saurien) et le squelette de l'iguanodon.

Pour la casquette, il y a l'insigne et le ruban sauriens. Le ruban était peut-être de cette couleur mauve qu'on retrouve tant sur les menus et les cartes de membre d'honneur que sur les enveloppes.

Le squelette d'iguanodon et le mauve évoquent la mort (ou du moins le deuil). La bordure mauve tracée sur l'affiche, rappelant la présentation d'un faire-part de décès, peut appuyer cette idée. Ces symboles nous font en tout cas penser à ceux des Macchabées, qui - après 1918 - cohabitèrent quelques années avec les Sauriens.


Extrait  de l'unique affichette connue des Sauriens.
Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.
50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.


Vocabulaire


L'affiche des examens d'entrée nous a livré quelques mots de vocabulaire : Frère, Infect, Vénérable... A travers les mots "15 Niclose an II", elle nous révèle aussi que les Sauriens disposaient d'un calendrier calqué sur le calendrier républicain français de 1792.

Les Sauriens suivaient en cela l'exemple des Crocodiles. Aujourd'hui, les Macchabées (entre autres) poursuivent cette antique tradition (L.B. dans La Pensée et les Hommes. Sous le masque de la Franc-Maconnerie).

Recrutement

Il est - à ce jour - impossible de dire dans quelles facultés les Sauriens cooptaient leurs membres. Mais, le menu du banquet du 23 mars 1920, laisse penser qu'ils avaient des liens privilégiés avec la Médecine.

Au verso du menu, on lit ainsi "Belgique et France médicales toujours !" et l'on trouve la signature du trésorier du Cercle de Médecine et Pharmacie de l'ULB aux côtés de celle d'un "v.président de section médicale int. aux hôpitaux de Paris" et de celle du "secrétaire général de l'A.G. de Paris".

On relèvera au passage la signature de Godfroid ("ex Plouck, futur président de la République belge"), qui était déjà présent au banquet de la Saint-Verhaegen 1912.



Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.
50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

Les recherches sur les Sauriens continuent... Mais il y a peu de chance qu'on trouve plus d'informations sur cette Société, qui a cependant influencé le folklore de l'ULB.

dimanche 9 septembre 2012

Portrait du redoutable Crocodile, victime de la Buse

En 1852, quatre ans après la disparition des Adelphes, apparaît l'espèce la plus redoutable du zoo universitaire : la Société des Crocodiles. Ces bestioles ont un humour féroce, une faim et - pis - une soif énhaurmes...

Le 1er février 1853, dans son premier numéro, Le Crocodile - journal satirique de la Société - dresse un portrait haut en couleurs d'un Actif :
"Esquisse physiologique du Crocodile
D’après Buffon
Cet animal est très méchant
Quand on l’attaque il se défend.
Le trait le plus saillant de l’organisation du Crocodile, c’est la facilité qu’il possède de boire, parler, manger, respirer, fumer et valser, le tout en même temps. Il ne faut donc pas s’étonner si le Crocodile a une bouche large, élargie qu’elle est par l’usage continuel de la pipe, de la blague et de la guindaille.
La guindaille surtout.
Le Crocodile habite de préférence les régions situées entre la Bohème, la Cocagne et la Basoche, ainsi qu’au bord d’une île que les anciens appellent Cythère.
Toutefois, comme le Crocodile a l’instinct des voyages et de la colonisation, il n’est pas rare d’en rencontrer à Bruxelles, Jodoigne et à Tombouctou, voire même à Namur. […]
En Belgique, sur cette vieille terre de la liberté et de la contrefaçon, ils ont sucé les meilleurs principes, les Crocodiles sont devenus des soldats avancés du progrès, des libres penseurs, enfin ils fréquentent l’Université libre !!"
 
Le Dictionnaire crocodilien (destiné à rectifier celui de l’Académie, à rétablir la véritable signification des mots, à donner sur tout des notions neuves et profondes et à former ainsi l’esprit et le cœur qui auront patience de le lire. Dédié aux étudiants belges) est publié en 1857. Il complète le tableau par une touche d'humour :
"Crocodile : animal amphibie, c’est-à-dire vivant également bien dans l’air et dans le faro.
Non moins carnivore que le crocodile du Nil, le crocodile de Bruxelles présente cette particularité qu’il n’est pas ovipare.
Ces deux espèces de crocodiles se distinguent encore par ce fait que, si les larmes de l’un sont devenues proverbiales, le rire de l’autre n’est pas moins célèbre."
 
Le blason du Crocodile
 
Les traits du Crocodile sont tout entiers repris dans le frontispice dessiné par Félicien Rops pour Le Crocodile du 7 août 1853.
Côté rédaction : deux Crocodiles porteurs de pipes colossales présentent le blason de leur Société ; l'un tient une plume et l'autre un stylet.
Côté estaminet : deux autres Crocos s'offrent un gueuleton au pied du blason, sous les auspices d'une marotte, d'une bouteille de vin, d'une cruche de bière, d'un pot de genièvre, de feuille de vignes ainsi que de couverts, d'une pipe et d'un bâton à miel.
Et côté bal : au coeur du blason, des Crocodiles guindaillent sous un fût de faro, tandis que l'argent s'envole, que la montre en argent est "mise au clou" pour éponger quelques dettes et que la Buse s'envole avec le diplôme...
 
S'il s'agit là de la plus ancienne représentation de la Buse que nous connaissions, l'usage du mot dans le cadre universitaire est sans doute plus ancien. Depuis le 16ème siècle au moins, on traite un faible d'esprit de buse. Par glissement sémantique, le mot a désigné l'échec à un examen. On se félicite donc que les Crocodiles - nos glorieux ancêtres - n'aient pas été les premières victimes du rapace idiot qui décime les amphithéâtres...
 
Par un calembour affreux, la Buse des auditoires (qui a déjà la cervelle fragile) se voit ici affligée d'un corps en forme de tuyau. Les mofflés - et Félicien Rops - diront que ce n'est que justice.
 
Lithographie du Crocodile du 7 août 1853.
 

lundi 3 septembre 2012

"Mane, Techel, Pharès"

Cette caricature de Clebs Fétide a été publiée en Une du Bruxelles Universitaire de décembre 1927. Il s'agit probablement du dessin de l'affiche annonçant la Saint-Verhaegen 1927, affiche qui fut enlevée sur ordre des autorités académiques parce qu'elles la jugeaient grivoise. (Lisez le compte-rendu de la Saint-Vé 1927)

La scène contient pas mal de détails. A minuit (comme l'indique l'horloge), des Poils s'enivrent et festoient avec des Plumes. A droite, un étudiant verse de la bière sur la tête d'un autre, sans doute celle d'un Bleu en train de se faire baptiser.

Au fond de la pièce, un esprit couché sur un nuage écrit "Mane, Thecel..." sur le mur. Clebs Fétide fait ici un clin d'oeil à la Bible et à l'un des plus vieux graffiti de l'histoire. D'après le Livre de Daniel, Balthazar, le roi de Babylone, se livre à une orgie avec ses courtisans et boit dans les vases d'or volés jadis au Temple de Jérusalem. Le sacrilège à peine commis, une main mystérieuse trace sur la muraille la fameuse sentence "Mane, Thecel, Phares", soit "compté, pesé, divisé". Ce que le prophète Daniel traduit ainsi au monarque épouvanté : "Les jours de ton règne sont comptés. Tu as été pesé et trouvé trop léger. Ton royaume sera partagé." La nuit-même, Balthazar est tué. Et ses terres sont réparties entre les Mèdes et les Perses.

Ce qui attend les guindailleurs dont le savoir a été jugé trop léger à l'approche de l'examen, ce n'est pas la mort mais la buse que l'esprit tient en main...


Une du Bruxelles Universitaire de décembre 1927.
Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

Au centre du dessin, un Poil asperge une des jeunes filles avec un siphon à eau de Seltz (une eau gazeuse mise sous pression). A la même époque, les étudiants français s'adonnaient également à ce petit jeu, comme on le voit sur les photos du monôme de 1910 ci-dessous.

Etudiants en blouse et calots, à Paris,
devant la statue de Claude Bernard, 1910.
Jeux avec les siphons.

Etudiants en blouse et calots, à Paris,
à la sortie de l'Orangerie, 1910.
Monôme avec les siphons.

lundi 27 août 2012

La muse des étudiants

En février 1927, Bruxelles Universitaire publie à sa Une une sympathique allégorie de la bohème estudiantine de la Belle Epoque : une demoiselle en tenue légère, mais néanmoins coiffée d'une penne, envoie au loin la buse des profs et le chapeau buse des bourgeois. Sa plume - plus longue qu'une lance - et les grelots qui dansent au bout de ses vêtements disent assez qu'elle est la muse des étudiants, aux écrits virulents et au rire de bouffon.



Bruxelles Universitaire de février 1927.
Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

dimanche 4 mars 2012

Quatrième centenaire de Ronsard, par Dratz

Ce tableau de famille est dû au crayon du maître Jean Dratz. Il a été publié à la Une du Bruxelles Universitaire du 8 janvier 1924 à l'occasion du quatrième centenaire de Ronsard.

L'Ancêtre multistellaire, entouré de nombreuses buses, conseille le Carpe Diem à un jeune monostellaire. Tous deux sont coiffés de la penne à visière courte, que portaient de nombreux étudiants de l'époque.



Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.
50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

Le B.U. ne se contenta pas d'un dessin pour fêter Ronsard... Ainsi que l'annonce le quatrième de couverture du numéro du 20 février 1924, c'est au Théâtre du Parc que Bruxelles Universitaire et La Lanterne Sourde, une revue de poésie animée par Paul Vanderborght, célébrèrent le quatrième centenaire de Ronsard. Les bénéfices allèrent à la souscription en faveur des Maisons d'étudiants du Solbosch.

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du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.
50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.