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mercredi 10 octobre 2012

Une bonne fortune de Crocodile

Ce long poème a été publié en 1856 dans l'Almanach crocodilen dédié aux étudiants belges. Bibliothèque de la jeunesse musulmane.

Il reflète la mentalité du Crocodile qui aime la guindaille, les chants, la vie bohème... Et se plaît à "tirer en bouteille", autrement dit à "ridiculiser" les bourgeois de passage.

Deux personnages du poème (le Nil et un Crocodile) déclarent "J'ai dit" après s'être exprimés. Ces mots closent habituellement la prise de parole d'un franc-maçon en loge. On peut donc y voir une influence des rites maçonniques dans le folklore des Crocodiles. Il peut aussi s'agir d'une traduction de "Dixi", mot employé par un étudiant lors d'une Kneipe pour signaler la fin de son intervention. 

L'utilisation de "J'ai dit" peut bien entendu être un pur hasard... Mais sachant, d'une part, que nous sommes à l'ULB (université fondée par des Maçons) et, d'autre part, que les Crocodiles disposaient d'un Comment (rite étudiant qui emploie des formules en latin), il est possible que cette expression soit une trace d'un rite maçonnique ou étudiant. 


Une bonne fortune de Crocodile

Loin du Nil à l’eau sale et jaune,
Le Crocodile s’est enfui ;
Dans les roseaux avec le faune
Il ne s’ébat plus aujourd’hui.
En vain la vierge égyptienne,
L’œil en pleurs, les cheveux épars,
Pour l’adorer dans une antienne
Le cherche sous les nénuphars.
« Le Crocodile est mort, crie un sombre prophète :
« Il est rare, il se perd, cet animal divin ! »
  Mais le vieux Nil répond en secouant la tête :
« Prophète, vous n’êtes pas fin :
« Non, non, il n’est pas mort le Crocodile ! il nage
« En de meilleures eaux que celles du vieux Nil.
De par le monde il a voulu faire un voyage :
« J’ai dit : Ainsi soit-il !
« Et puis, il est parti, le ventre presque vide,
« L’air innocent comme un mouton.
Pour aider son regard avide,
« Il m’a volé mon beau lorgnon… »
A ces mots, le vieux Nil, suffoqué de la gorge,
S’arrêta, haletant comme un soufflet de forge.
       J’étais assis auprès de lui,
Et je lui dis : – « Monsieur, reprenez votre haleine ;
« Je m’en vais raconter à cette Egyptienne
« Ce que mes frères font pendant leurs jours d’ennui.
« Ecoute, charmante Africaine !
« Les Crocodiles (j’en suis un)
« Sèmeraient l’argent à main pleine
« Pour s’endormir sur ton sein brun.
« Viens, donne-moi ton bras, la belle.
« Tu trembles comme une gazelle ;
« Va ! je suis doux comme un enfant !
« Un vert tissu de joncs tous deux nous enveloppe ;
« Le soleil seul regarde au fond du ciel cyclope,
« Et le silence nous entend.
« Allume-toi ma pipe, ô ma douce sultane !
« Allons causer ensemble au pied de ce platane ;
« Je veux mettre à tes pieds mon cœur et mes vertus.
« Les Crocodiles ont des âmes accomplies :
« Ils aiment les beaux bras, les figures jolies,
« Les corps bien faits drapés dans les châles pointus.

« S’ils pouvaient tous ensemble, ô chère enchanteresse,
« De tes regards brûlants savourer la caresse,
« Ils voudraient t’adorer comme le bœuf Apis ;
« Et pour te voir passer, quand tu viens vers le fleuve,
« Endimanchés, coiffés d’une casquette neuve,
« Derrière les buissons, ils se tiendraient tapis.
« Lorsque la passion au cœur du Crocodile
« A jeté son ancre de fer,
« Elle anime ses traits, elle change son air ;
« Elle met de la verve et du chic dans son style.
« O ma charmante, apprends ce que ferait pour toi
« Mon pauvre cœur rempli dans un amoureux émoi :
« J’aime les cabarets où l’on fait guindaille.
« Les verres pleins rangés sur la table, en bataille,
« Les petites chansons que l’on répète en chœurs,
« Les joyeux calembours dont un discours s’émaille,
« Comme un pré s’émaille de fleurs ;
« J’aime fumer la pipe à Nimy fabriquée,
« Lorsque repose en paix ma tête détraquée
« Sur des coussins moelleux,
« Alors qu’enveloppé dans ma robe de chambre,
« Rêvant de beaux projets, sans remuer un membre,
« Je me sens tout à fait heureux ;
« J’aime, accoudé, sur ma fenêtre,
« Quand le soir vient brouiller les cieux,
« Déguster un amour champêtre
« Qui se déroule sous mes yeux ;
« Par quelque farce, jeune ou vieille,
« J’aime lorsque j’ai bien le temps,
« A tirer gaîment en bouteille
« Sur mon chemin quelques passants.
« Eh bien ! Je quitterais tous ces plaisirs superbes
« Pour courir avec toi, tout le jour, dans les herbes
« Qui bordent les rives du Nil.
« Mon sacrifice est grand, tu le vois, ô ma belle !
« J’ai bien expliqué tout ; J’ai dit ! – Mademoiselle,
« Votre cœur s’attendrira-t-il ? »
La belle se taisait, mais semblait enchantée.
Le Crocodile alors la prit sur ses genoux :
D’un bruit mélodieux l’onde fut agitée,
Et la fille du Nil, de sa main veloutée,
Caressa son amant, et dit : – « Embrassons-nous ! »

dimanche 23 septembre 2012

Premières traces du Comment en Belgique ? Des Crocodiles et des Salamandres

Le 17 janvier 1863, l'Illustrierte Zeitung publie une gravure de Léo von Elliot représentant l’estaminet "Le Trou", situé rue des Sols, en face de l'université. On y découvre des étudiants en casquette, buvant et dansant. On y voit aussi les fresques murales réalisées par les Crocodiles, dont le célèbre Félicien Rops. Il s'agit probablement de l'unique trace de ces peintures. (Lisez : "Un temple et dix commandements")

Mais la gravure telle qu'imprimée dans l'Illustrierte Zeitung (et communiquée à En Bordeaux et Bleu par un libraire allemand) est exceptionnelle pour les historiens du folklore estudiantin car l'article consacré au "Trou", imprimé au verso, évoque les Crocodiles (qui s'y réunissaient) ainsi que leur journal... et il nous livre un petit scoop...

L’auteur (anonyme) de l'article désigne les Crocodiles par le terme "Corps". Et il affirme qu'ils s’étaient inspiré des "Kneipen" des étudiants allemands pour établir les rituels de leurs réunions : les Crocodiles auraient ainsi possédé un "Comment" et auraient "frotter des Salamandres". Tous ces termes sont très marqués : ils renvoient au fonctionnement et aux rituels des sociétés germaniques d'étudiants, dont nous avons déjà parlé.

Sous-titre : si l'on croit le journaliste, les Crocodiles étaient structurés sur le modèle des corporations étudiantes germaniques et tenaient leurs séances selon le rituel en latin propre à ces sociétés. Quant à leurs à-fonds, ils les auraient exécutés suivant la cérémonie de la Salamandre.

De "grands" officiers 

Notons toutefois que les officiers des Crocodiles ne portent pas les titres de Senior, Censor et Quaestor habituellement employés dans les corporations germaniques pour désigner respectivement le président, le responsable de la discipline et le trésorier.

Le président de la Société des Crocodiles porte en effet le titre folklorique de "grand Oriflan" et le "ministre de l’Intérieur" celui de "grand Alligator". Quant au "ministre des finances", il est appelé "grand Caïman".(in Le Crocodile du 1er février 1853) 

Premières traces du Comment en Belgique ? 

Si les Crocodiles ont bel et bien tenu des Kneipen basées sur un Comment, nous disposons là des premières traces connues de ce type de rites en Belgique.

Les usages de la Kneipe, du Comment et de la Salamandre ont pu arriver à Bruxelles dans les bagages des étudiants suisses, allemands ou luxembourgeois. Or on sait que les étudiants de l’époque, issus pour la plupart de la bourgeoisie, voyageaient beaucoup. Et que des étudiants suisses ont fui la guerre du Sonderbund, qui éclata en 1847 entre les citoyens helvétiques pour des raisons religieuses et politiques. Et L.S. Hymans, J.-B. Rousseau, les auteurs du "Diable à Bruxelles" (publié en 1853) confirment également qu'en 1848 des étudiants allemands étaient présents à Bruxelles aux réunions de l'une des deux premières Sociétés de l'ULB, qui se tenaient à l'hôtel de Barcelone.

Si la présence du Comment en Belgique vers 1850 est confirmée, on tiendrait là un deuxième petit scoop... Car il est généralement admis que le Comment a été introduit en Belgique en 1872, à l’université de Louvain, par les étudiants suisses, catholiques et germanophones, de l’"Helvetia Lovaniensis". Ce groupement – qui exista trois ans – était la section louvaniste de la "Société des étudiants suisses" ou "Schweizerischer Studentenverein". (Voyez le site de la Sarinia www.sarinia.ch) 

Validité des infos 

Quelle est la valeur des informations livrées par l'Illustrierte Zeitung ?

Le journaliste évoque la présence de réfugiés politiques - surtout français - aux réunions des Crocodiles. Ce qui est confirmé par l'historien Pierre Van Den Dungen. (Pierre Van Den Dungen dans "L'Université libre au temps des Crocodiles" in Rops - De Coster. Une jeunesse à l'université libre de Bruxelles, les Cahiers du GRAM, 1996). Puisque cette information est exacte, il est possible que les autres - sur la tenue de Kneipen et l'emploi du Comment par les Crocodiles - le soient également.

Néanmoins, le journaliste écrit également qu'une Société des Etudiants (dotée de son propre local) a vu le jour peu après la disparition des Crocodiles et de leur journal satirique. Ce que nous devons encore vérifier aux Archives de l'ULB... Si nos recherches confirmaient cette deuxième information, les doutes sur l'emploi de rites estudiantins germaniques par les Crocodiles seraient pratiquement dissipés...

Illustrierte Zeitung du 17 janvier 1863, p.54.

mercredi 23 mai 2012

Aux origines des sociétés d'étudiants

Les étudiants français

A Paris et Bologne, les deux villes universitaires les plus célèbres au Moyen Age, les étudiants "avaient l’habitude de se réunir au sein d’associations regroupant des gens originaires de la même région, les nationes. Ces nationes empruntèrent nombre de rites aux corporations qui fleurissaient un peu partout au Moyen Age. Comme pour tout groupement fermé, le nouveau venu était soumis à un certain nombre d’épreuves (sauf à Bologne) qu’il devait subir avant d’entrer dans la nation.", explique l'historien Olivier Meuwly dans son excellent ouvrage sur les sociétés étudiantes de Lausanne. "Ces associations avaient pour but essentiel d’offrir un cadre d’accueil chaleureux au nouveau venu, tiré de son coin de terre natal. Elles deviendront un moyen de lui venir en aide et de lui permettre de s’adapter à un milieu tout à fait nouveau pour lui." (Olivier Meuwly, Histoire des sociétés d’étudiants de Lausanne, Université de Lausanne, 1987, p.13.)

Les étudiants allemands

Au 16ème siècle, les universités allemandes virent se créer des variantes des nations. "Regroupant également des étudiants provenant de la même contrée, elles prirent le nom de Landsmannschaften. Là aussi elles s’inspirèrent des corporations, puisqu’elles adoptèrent, comme celles-ci, des signes distinctifs, rubans, locaux et règlements." Des Comment (qu’on peut définir comme le fait de savoir comment se comporter et... boire) codifièrent leurs usages. (Olivier Meuwly, op.cit., pp.13-14)

Les Landsmannschaften étaient dirigées par un senior (l’étudiant le plus âgé), secondé par un consenior ou par un professeur. Ces sociétés eurent à cœur de cultiver le vocabulaire estudiantin. On y employait par exemple les termes de "fux" et de "bursch" en rapport avec le nombre de semestres et sans que cela ait de prime abord une connotation hiérarchique. Ces sociétés avaient également un penchant prononcé pour les chants d’étudiants. (Voir le très complet Dossier de formation romand publié par la Sarinia, p.9. www.sarinia.ch)

Les Landsmannschaften furent interdites en 1654 principalement en raison des nombreux duels qui les opposaient. Elles ne disparurent pas mais perdirent en influence. (Dossier de la Sarinia, p.9) De plus, elles subirent des changements notables sous l’influence conjuguée des idées libérales issues de l’Aufklärung (les Lumières) et de la franc-maçonnerie.

Parallèlement au renouveau des Landsmannschaften, apparurent les ordres estudiantins, qui s’inspiraient des idéaux égalitaires et des habitudes des loges maçonniques. Ces ordres influenceront les rites des Landsmannschaften puis "se détacheront du monde estudiantin et finiront, vers 1815, par disparaître complètement." (Olivier Meuwly, op.cit., p.14)

Olivier Meuwly estime que la fusion entre les principes des Landsmannschaften et ceux des ordres estudiantins a donné naissance à la société étudiante moderne. (Olivier Meuwly, op.cit., p.14)

"Dès 1810 environ, ces Landsmannschaften, qui faisaient respecter de façon tyrannique le Comment sur les universités et qui y exerçaient une véritable hégémonie, prirent progressivement les noms Kränzchen puis de Corps."  Et le critère d’admission de l'origine géographique disparut au profit de la personnalité du candidat. (Olivier Meuwly, op.cit., p.14)

Les Corps se considéraient comme les détenteurs des traditions estudiantines et ils contribuèrent à en fixer les coutumes. Ils mirent par écrit et complétèrent l’ancien Comment des Landsmannschaften. Ils reprirent le système de la société à vie (Lebensverbindung) et de nombreux rites et signes propres aux ordres estudiantins tels que la devise, le zirkel (c'est-à-dire le monogramme de la société), les abréviations X, XX et XXX pour désigner le président, le vice-président et le secrétaire. (Dossier de la Sarinia, p.10.)

Ces corps tinrent des Kneipen, c'est-à-dire des réunions se déroulant selon des rites et avec des formules spécifiques en latin. Pour avoir une idée de la manière dont ils se pratiquent aujourd'hui en Belgique, lisez les brèves "La tenue d'une Kneipe, d'un Cantus" et "Ad diagonalem ! Ad fundum !"

Les étudiants suisses

Faute de facultés en nombre suffisant dans leurs régions, de nombreux étudiants suisses suivaient les cours dans les universités allemandes. Ils en ramenèrent l'organisation typique des sociétés estudiantines dites "germaniques" : la tenue de Kneipen, l'usage du Comment, l'usage de symboles et le port de signes distinctifs.

La Société de Belles-Lettres, fut créée dès 1806. On s'y préoccupait principalement de littérature. Si on y porte le sautoir et la casquette des sociétés "germaniques" (ou le béret des étudiants français), on n’y pratique pas les rites des Corps. (Site de la section genevoise de l'Helvetia. www.helvetia-ge.ch)

La Société de Zofingue est fondée en 1819. Son objectif était de travailler à l’intérêt général et de rassembler les étudiants sans tendance politique particulière. Des tensions apparurent néanmoins entre conservateurs et libéraux lors de la révolution de 1830. En 1832, des membres créèrent l’Helvetia, une société résolument libérale radicale. Tant à Zofingue qu’à l’Helvetia, on porte casquettes et sautoirs et on se réunit selon les rites des sociétés "germaniques". (Site de l'Helvetia Genevensis.)

lundi 16 janvier 2012

La tenue d'une Kneipe, d'un Cantus

Quelques règles en vigueur lors d'un Cantus ou Kneipe.

Installation du local :

Avant la réunion, l'Intendant veille à ce que tout soit prêt pour la séance. Les Fuchsen (aussi appelés Bleus), désignés par le Fuchs Major (aussi appelé Maître des Bleus), mettent le local en ordre.

Les tables sont placées en U. Le Comité (le Senior, le Censor, le Quaestor et le Cantor Primus) occupe la partie inférieure du U. Les Poils s'installent près du Comité, à l'une ou l'autre table. Les Bleus s'installent en bout de table et le Fuchs Major près d'eux.

Les tables peuvent également être placées en T. Le Comité occupe dans ce cas la partie supérieure du T. Les Poils s'installent de la même manière près du Comité et les Bleus en bout de table, près du Fuchs Major.

Carte postale envoyée de Niederbipp, le 19 avril 1903.

Le Senior après avoir donné un coup de rapière sur la table, annonce :
"Silentium ! Je déclare la Kneipe ex et ouvre ainsi le petit déjeuner !"

Au tableau noir, figurent les surnoms des membres déclarés impotents.
Au-dessus et autour de celui-ci, sont accrochés les couleurs de la Société,
une photo de groupe ainsi que de petits portraits
des membres en ombre chinoise.

Premier acte :

Lorsque les pintes sont remplies et lorsque les membres se touvent à leur place, portant la penne et - pour les Poils - le band, le président ouvre la séance par ces mots : "Omnes ad loca ! Silentium ! Kneipe incipit !"

Le président marque un temps puis enchaîne par "Surgite !" et il entonne le "Gaudeamus igitur". La Corona se lève et reprend le chant.

A la fin du chant, on se recouvre et le président commande un "Ad fudum". Lorsque les pintes sont vidées, le président déclare : "Tous assis ! Licet ad libitum bibere !" Chacun peut alors boire selon sa volonté.

Le Senior présente les invités et fait les communications nécessaires au bon déroulement de la séance. Le Cantor Primus fait alors lecture du rapport de la séance précédente.

Quand cette lecture est terminée, le Senior annonce "Silentium !" et met ainsi fin à la boisson à volonté. Puis, après une courte pause, il dit : "Surgite!" et lance le "Io vivat"; la Corona se lève et entonne à son tour cet hymne. A la fin de celui-ci, le Senior dit : "Tous assis !" et on procède aux réceptions de membres et aux élections du Comité, s'il y a lieu d'y procéder.

Pour achever les réceptions et les élections, on lance l'une ou l'autre chanson. Après quoi, le Senior proclame : "Tempus commune !" Et la Corona quitte temporairement le local.


Deuxième acte : 

Après la pause, le Senior dit "Omnes ad sedes !" Et, lorsque chacun est à sa place, il entonne la "Marche des étudiants". A la dernière strophe, le Senior réclame : "Ad fundum!"

Quand les pintes ont été vidées, le Senior annonce "Licet ad libitum bibere ! Assis !", ce qui ouvre la partie purement récréative de la séance, où l'on chante et présente diverses productions.

Quand les fûts sont vides et les membres aphones, le Senior met un terme au Cantus par ces mots : "Silentium ! Je déclare la séance levée. Kneipe ex!" La Corona clôture la séance en chantant le "Semeur", la tête découverte.

Carte postale envoyée de Dresden, le 29 septembre 1904.
Autour des tables, placées en U, on voit le Censor (de dos et debout)
qui impose un à-fond à un membre en désignant de son épée
ainsi que le Senior (de face et debout).
Au mur, sont accorchées deux cornes à boire,
employées notamment lors des réceptions de nouveaux membres.

vendredi 13 janvier 2012

Ad diagonalem ! Ad fundum !

Quelques règles en vigueur lors d'un Cantus.

Carte postale de la Société de Zofingue,
envoyée de Sint Gallen le 18 janvier 1909.
 
L'Intendant :

L'Intendant est chargé de l'administration matérielle du Cantus et s'occupe plus particulièrement du local des réunions. Il veille à ce que la boisson soit de qualité et en quantité suffisante.


Le Censor :

Le Censor a pour mission de veiller à ce que les protocoles soient bien observés et à ce qu'une entorse à ceux-ci soit relevée et punie d'une peine de bière.

Le Censor propose au Senior d'infliger telle peine de bière à un membre pour tel motif.


Du boire :

La bière, le vin et l'alcool blanc sont les seules boissons poiliques.

Le Fuchs Major (aussi appelé Maître des bleus) dirige le service de la boisson, accompli par les Fuchsen (les bleus).

Les pintes seront remplies avant la séance et pendant chaque Colloquium.

On ne boit jamais seul mais seulement en invitant un membre ou à l'invitation d'un membre. Pour ce faire, on dit : "Prosit Untel !" et on boit un schluk. Le membre honoré répond "Prosit mit !" et boit un schluk.

Personne ne forcera un membre à boire au-delà des forces de ce dernier.

On ne peut pas boire pendant le Silentium, à moins que le Senior ne dise : "Licet ad libitum bibere !"


De l'impotence :

Au début de la séance, un membre peut, en justifiant sa demande, dire au président : "Senior, rogo plenam impotentiam". Le président la refuse par "Non habes!" ou l'accorde par "Habes !", ce qui dispense le demandeur de boire pendant la séance.

Le membre peut aussi demander "Rogo minorem impotentiam", ce qui l'exempte de boire mais le laisse cependant tenu de participer aux à-fond généraux, comme la Salamandre.


Pro-poena et Pro-laude :

Si un membre a bien chanté, si sa guindaille était amusante, s’il a bien parlé, le Censor peut le féliciter par une récompense bibitive.

Inversement, lorsqu’un membre s’est trompé dans une formule latine, s’il ne s’est pas levé pour parler, s’il est trop bruyant ou pour quelqu'autre raison, le Censor peut lui imposer une sanction bibitive.

Le Censor interpelle le membre, lui explique pourquoi il va le féliciter ou le sanctionner. Puis il déclare d’une fois forte "Ad libitum" (quelques gorgées) ou "Ad diagonalem" (la moitié du verre) ou "Ad fundum" (à-fond). L’ad fundum de récompense donne lieu à une Salamandre.

Si le membre a été félicité, il se lève et dit : "Gaudeo quod non pecaui et illum poculum merui" puis il boit la quantité demandée Pro-laude.

Si le membre a été sanctionné, il se lève et dit : "Paenitet me pecasse sive pecauisse" puis il boit la quantité demandée Pro-poena. En cas d'ad fundum, le Senior ou le Censor peuvent arrêter le buveur, avant que la pinte ne soit vide, par le mot "Satis !".

Le membre doit boire avant de discuter la récompense ou la sanction. En cas de besoin, le Censor le lui rappelle par l'adage : "Primum bibere deinde philosophari."

lundi 9 janvier 2012

Le Cantus, la Kneipe


Carte postale envoyée de Dresden le 28 janvier 1898.

Elle porte comme titre : "Ne sommes-nous pas nés pour la gloire ?"
Deux étudiants portent un bandage au niveau de la joue, suite à un duel au sabre.

Les casquettes et les rubans sont rehaussés de peinture dorée.


Carte de la section zurichoise de la Société de Zofingue,
envoyée de Zürich le 27 mai 1907. 


Carte postale envoyée d'Hildburghausen le 4 mars 1929.


Silentium ex ! Colloquium !

Quelques-unes des règles en vigueur lors d'un cantus.

Carte postale de l'Allemannia,
envoyée de Fribourg le 11 novembre 1927

Senior et Fuchs Major :

Le Senior est chargé de rythmer la séance tandis que le Fuchs Major est chargé de la formation folklorique des nouveaux.


Silentium et Colloquium :

Le Silentium est réclamé par le Senior, qui ponctue cette demande d'un coup de maillet, lors des cérémonies ainsi que lors des prises de parole, des lectures et des chants.

Le Silentium se poursuit jusqu'à ce que le Senior déclare : "Silentium ex ! Colloquium !"

Pendant le Colloquium, on peut parler, servir la bière et bien entendu la boire. Mais on ne chante pas. C'est durant le Colloquium que les membres de la Coronna qui ont demandé un Tempus peuvent quitter la table.


Verbum :

Lorsqu'un Poil souhaite prendre la parole, il se lève et dit au président : "Senior, peto verbum". Le Senior accepte en disant "Habes !" ou refuse en disant "Non habes !" Le président peut également différer la prise de parole en répondant "Non habes pro tempore !"

Lorsqu'un Fuchs (aussi appelé bleu) désire s'exprimer, il se lève et retire sa penne. Puis il se tourne vers le Fuchs Major (aussi appelé Maître des bleus) et dit : "Fuchs Major, peto verbum." Le Fuchs Major transmet sa demande de parole au président : "Senior, peto verbum pro Fuchs Untel." A quoi, le Senior répond : "Habet !" ou "Non habet !" Cette réponse est transmise au Fuchs par le Fuchs Major, par les mots "Habes !" ou "Non habes !"

S’il a reçu la parole, le membre se lève et se découvre. Puis il dit : "Ergo habeo."

Quand le Senior s'adresse à la Corona, il débute ses propos par : "Commilitones !" ou "Corona !" Tout autre Poil de la Corona commence sa prise de parole par : "Senior, Corona !" Et un Fuchs entamme son propos par : "Fuchs Major, Corona !"

Lorsqu'un Poil de la Corona achève sa prise de parole, il s'adresse au Senior (ou au Fuchs Major, s'il s'agit d'un Fuchs) et déclare : "Dixi !"

Lors d'un Cantus, les membres manifestent leur approbation ou leur joie en battant la table de leur main ou, plus exactement, en frappant la table de leurs phalanges.


Tempus :

Si un Poil souhaite quitter la table quelques minutes, il dit au président : "Senior, peto tempus." Le Senior donne son accord : "Habes !" ou refuse : "Non habes !"

Le Fuchs transmet sa demande de Tempus au Senior, via le Fuchs Major, comme pour sa demande de Verbum.

Lorsqu'un membre quitte la table, il laisse sa penne sur son verre.
A son retour, il signale au Senior : "Tempus ex !" Et il remet sa penne.

En général, le Tempus dure trois bierminutes, soit cinq minutes bourgeoises.

En milieu de soirée, le Senior accorde un "Tempus commune !" à l'ensemble de la Corona. Cette pause dure six bierminutes, soit dix minutes bourgeoises.


Cantus :

Pour pouvoir entonner un chant, un Poil dit au président : "Senior, peto cantus !". Celui-ci lui répond : "Ad cantandum, habes !" ou "Non habes !"

Si un membre a reçu l'autorisation de chanter, il se lève et se découvre avant de lancer l'hymne.

Le Senior peut décider d'abréger un chant en renvoyant la Corona au dernier couplet, en décrétant : "Ad ultimam !"

A la fin d'un chant collectif, le Senior déclare "Cantus ex ! Prosit Corona !" et boit un schluk à la santé de la Corona. Cette dernière se lève alors et répond : "Prosit Senior !"

A la fin d'un chant interprété par un seul chanteur, celui-ci dit : "Cantus ex !" Et le Senior lui répond par la formule "Prosit cantor !" et boit un schluk.