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mardi 1 mai 2018

Le cerevis et le band à Bruxelles en 1901

Une carte postale de "la société Mercuria de Bruxelles", envoyée en 1901, et la photo d'un étudiant probablement membre de cette société, prise à la même époque (voire une dizaine d'années plus tôt), officialisent toutes deux le port du band et du cerevis à Bruxelles vers 1900.

Le band est ce ruban aux couleurs d'une société étudiante et le cerevis (appelé aussi bierpet en Belgique) est ce callot aux même couleurs, souvent brodé du Zirkel (monogramme) de la dite corporation étudiante.


Nous ignorons depuis quand la Mercuria portait ce couvre-chef et ce ruban lorsque la photo a été prise. Mais cette société eut une existence éphémère de 1899 à 1903, en tant que section sciences économiques de la Société Générale Bruxelloise des étudiants catholiques (d'après les Almanachs de la Générale gantoise des étudiants catholiques consultés par Benoît Bacchus P.nc.n).
Carte de visite réalisée par un photographe de la rue du Fossé aux Loups, Bruxelles.
Collection "En Bordeux et Bleu"

Carte postale de la Mercuria, envoyée en 1901.
Collection "En Bordeaux et Bleu"


On savait que l’usage des rites des étudiants germaniques (dont le Comment) fut introduit à l’Université de Louvain par l’"Helvetia Lovaniensis"société fondée en 1872 et éteinte trois ans plus tard.
La "Tungria Lovaniensis", fondée en 1877 sur le même modèle,  rassembla des Allemands, des Autrichiens, des Suisses, des Belges et des Luxembourgeois, avant de disparaître en 1879. Son activité fut néanmoins prolongée, dès 1880, par la société "D’Letzebuerger", qui regroupait des étudiants luxembourgeois.

Un dessin d'étudiant coiffé d'un cerevis, réalisé en 1880 dans le Bierzeitung de cette dernière société, livre une des premières traces connues du port de ce callot très germanique en Belgique.

Cela avait déjà présenté ici-même. Par contre, on ne savait pas que le port du cerevis s'était diffusé aussi "rapidement" (en moins de vingt ans) au-delà de Louvain et notamment à Bruxelles.



Der gutte Kamerad : le bon camarade.
Dessin extrait du Bierzeitung du cercle D'Letzeburger, vers 1880.

Au-dessus, un membre, porteur du cerevis et du ruban,

tient une chope d'une main et sa pipe de l'autre.
En dessous, scènes de Kneipen.


dimanche 31 mai 2015

Memento mori...

Ce modèle de chope d'étudiant, avec couvercle en porcelaine, est déjà connu à l'université de Tübingen en 1871. Et il est sans doute antérieur à cette date. L'exemplaire présenté ci-dessous n'est pas daté.

"Bier ist Gift" signifie que la bière est du poison. Quant au "§11." et à la mention "Es wird fortgesoffen", ils renvoient au paragraphe 11 des Biercomment des sociétés étudiantes suisses, allemandes, autrichiennes et de certaines sociétés belges. Ce paragraphe indiquant qu'on boit toujours trop. La société de Zofingue a, quant à elle, adopté une variante du §11. : "Remplis ton verre vide, vide ton verre plein. Ne laisse ton verre ni vide ni plein".

La présence simultanée d'une mise en garde face à la bière sur la face extérieure du couvercle et de l'incitation à en boire sur la face intérieure peut être vues comme une forme d'humour noir. Souvenons-nous qu'à la fin du 19ème siècle on meurt encore d'un tas de maladies aujourd'hui facilement guérissables...








La présence d'une tête de mort sur la chope ne doit pas nous surprendre plus que cela. Le crâne est le plus courant des "memento mori". Nombre de sociétés étudiantes, tant en Belgique qu'à l'étranger, l'ont intégré dans leur décorum. Et certaines d'entre elles demandent à leurs membres de prêter serment sur un crâne en plâtre.

Dessin réalisé en 1940 par un Camarade de l'Ordre académique de Saint-Michel.
Agrandissement présenté en octobre 2012 lors de la Théâtrale de l'ASMO.
Carte postale de 1920. Société allemande inconnue.

dimanche 28 octobre 2012

De sept heures du soir à minuit

Il semble que, de leur naissance en décembre 1852 à 1856 (trois ans avant leur extinction), les Crocodiles aient voué un culte particulier au chiffre 7. Le premier numéro de leur journal est publié la "septième olympiade" (comprenez "la septième semaine") de leur existence.

Le 7 figure à plusieurs reprises dans l'Almanach crocodilien, publié en 1856. Il y est ainsi expliqué qu'au mois de novembre (lors de la rentrée académique de l'époque), les anciens étudiants apprennent à boire aux nouveaux. A la fin du mois, ces derniers sont "dignes de participer aux séances de guindailles, séances solennelles qui durent de sept heures du soir à minuit, - ou plus." Il ne faut sans doute pas voir ici qu'un clin d'oeil aux travaux des loges maçonniques qui, symboliquement, débutent à midi et se clôturent à minuit. Car, à la différence des francs-maçons qui "travaillent" douze heures sans boire, un étudiant est capable de boire cinq heures sans travailler...

La préface du même Almanach raconte la vadrouille en montagne de sept Crocodiles qui dure sept jours. Après sept heures de marche, leur chemin bifurque. Sept minutes plus tard, ils rencontrent un canard qui les conduit à la hutte d'un sage. Là, un second canard les accueille et, sept secondes après, leur ouvre la porte...

Origine du chiffre crocodilien

D'où vient l'usage de ce chiffre ? Il n'y a aucune certitude.

Les Adelphes, fondés en 1847 à l'ULB, avaient fixé à 25 le nombre d'Actifs. Or s'il est possible (mais pas certain) que les Crocodiles - à l'imitation de leurs prédécesseurs - aient fixé un nombre maximum de membres et n'aient été que sept par année, ils font un usage symbolique de leur chiffre fétiche, ce qui n'était pas le cas des Adelphes, si l'on se fie à l'unique source dont nous disposons à leur sujet.

Que ce soit par des jeux de mots, des dessins ou des photos, les Sociétés germaniques d'étudiants célèbrent, elles, le paragraphe 11. Cet article du Biercomment, leur code et leur rituel, stipule : "Es wird immer fortgesoffen". Ce que la Société d'étudiants de Zofingue a traduit dans son Comment par "Remplis ton verre vide, vide ton verre plein. Ne laisse ton verre ni vide ni plein." En gros, on ne boit jamais assez.

Bien que les Crocodiles aient probablement possédé un Comment, ils n'ont sans doute pas été influencés par l'esprit de ce §11. En effet, le premier Biercomment apparaît à Tübingen en 1815 et ne comporte que 6 paragraphes. Le paragraphe 11 ne fait son apparition qu'en 1853, dans le Neuen jenaischen Biercomment, soit peu après la fondation des Crocodiles.

Par ailleurs, c'est le cinquième et non pas le septième des Dix commandements des Crocodiles qui fait référence à la consommation de bière :
5. Pour le faro professeras 
de l’estime profondément

Exit donc, a priori, la piste des Sociétés étudiantes et l'influence du §11. Il reste, à notre sens, deux autres explications possibles. Comme les Crocos n'ignoraient pas ce que la naissance de leur université devait à la Franc-Maçonnerie, le sept peut également avoir renvoyé au nombre de Maîtres qui doivent être présents pour qu'une loge maçonnique puisse ouvrir ses travaux.

Enfin, très prosaïquement, il est possible que les Crocodiles aient lancé leur journal par hasard sept semaines après leur fondation et qu'ils aient fait du sept un running gag.

Dans les cercles contemporains

Aujourd'hui, l'utilisation d'un chiffre ou d'un nombre particulier est devenue l'une des marques disctinctives des sociétés intimes d'étudiants de l'ULB. Qu'on pense, par exemple, au 9 des Coquillards, au 13 des Macchabées, au 15 du Phallus ou au 69 des Chauves-Souris.

L'origine de ce nombre (ou de ce chiffre) varie d'une Société ulbiste à l'autre. Pour les unes, il correspond au nombre de membres actifs ; pour d'autres, au plus important de leurs paragraphes ; pour d'autres encore, à leurs grades initiatiques (qui parodient souvent les 33 degrés maçonniques).

Bien évidemment, le nombre peut aussi faire écho au nom du cercle intime ou à son thème fondateur. Ainsi, quoi de plus normal pour des Chauves-Souris, ces "petites bêtes qui ont les pieds à leur tête", d'adopter le 69 ?

dimanche 23 septembre 2012

Premières traces du Comment en Belgique ? Des Crocodiles et des Salamandres

Le 17 janvier 1863, l'Illustrierte Zeitung publie une gravure de Léo von Elliot représentant l’estaminet "Le Trou", situé rue des Sols, en face de l'université. On y découvre des étudiants en casquette, buvant et dansant. On y voit aussi les fresques murales réalisées par les Crocodiles, dont le célèbre Félicien Rops. Il s'agit probablement de l'unique trace de ces peintures. (Lisez : "Un temple et dix commandements")

Mais la gravure telle qu'imprimée dans l'Illustrierte Zeitung (et communiquée à En Bordeaux et Bleu par un libraire allemand) est exceptionnelle pour les historiens du folklore estudiantin car l'article consacré au "Trou", imprimé au verso, évoque les Crocodiles (qui s'y réunissaient) ainsi que leur journal... et il nous livre un petit scoop...

L’auteur (anonyme) de l'article désigne les Crocodiles par le terme "Corps". Et il affirme qu'ils s’étaient inspiré des "Kneipen" des étudiants allemands pour établir les rituels de leurs réunions : les Crocodiles auraient ainsi possédé un "Comment" et auraient "frotter des Salamandres". Tous ces termes sont très marqués : ils renvoient au fonctionnement et aux rituels des sociétés germaniques d'étudiants, dont nous avons déjà parlé.

Sous-titre : si l'on croit le journaliste, les Crocodiles étaient structurés sur le modèle des corporations étudiantes germaniques et tenaient leurs séances selon le rituel en latin propre à ces sociétés. Quant à leurs à-fonds, ils les auraient exécutés suivant la cérémonie de la Salamandre.

De "grands" officiers 

Notons toutefois que les officiers des Crocodiles ne portent pas les titres de Senior, Censor et Quaestor habituellement employés dans les corporations germaniques pour désigner respectivement le président, le responsable de la discipline et le trésorier.

Le président de la Société des Crocodiles porte en effet le titre folklorique de "grand Oriflan" et le "ministre de l’Intérieur" celui de "grand Alligator". Quant au "ministre des finances", il est appelé "grand Caïman".(in Le Crocodile du 1er février 1853) 

Premières traces du Comment en Belgique ? 

Si les Crocodiles ont bel et bien tenu des Kneipen basées sur un Comment, nous disposons là des premières traces connues de ce type de rites en Belgique.

Les usages de la Kneipe, du Comment et de la Salamandre ont pu arriver à Bruxelles dans les bagages des étudiants suisses, allemands ou luxembourgeois. Or on sait que les étudiants de l’époque, issus pour la plupart de la bourgeoisie, voyageaient beaucoup. Et que des étudiants suisses ont fui la guerre du Sonderbund, qui éclata en 1847 entre les citoyens helvétiques pour des raisons religieuses et politiques. Et L.S. Hymans, J.-B. Rousseau, les auteurs du "Diable à Bruxelles" (publié en 1853) confirment également qu'en 1848 des étudiants allemands étaient présents à Bruxelles aux réunions de l'une des deux premières Sociétés de l'ULB, qui se tenaient à l'hôtel de Barcelone.

Si la présence du Comment en Belgique vers 1850 est confirmée, on tiendrait là un deuxième petit scoop... Car il est généralement admis que le Comment a été introduit en Belgique en 1872, à l’université de Louvain, par les étudiants suisses, catholiques et germanophones, de l’"Helvetia Lovaniensis". Ce groupement – qui exista trois ans – était la section louvaniste de la "Société des étudiants suisses" ou "Schweizerischer Studentenverein". (Voyez le site de la Sarinia www.sarinia.ch) 

Validité des infos 

Quelle est la valeur des informations livrées par l'Illustrierte Zeitung ?

Le journaliste évoque la présence de réfugiés politiques - surtout français - aux réunions des Crocodiles. Ce qui est confirmé par l'historien Pierre Van Den Dungen. (Pierre Van Den Dungen dans "L'Université libre au temps des Crocodiles" in Rops - De Coster. Une jeunesse à l'université libre de Bruxelles, les Cahiers du GRAM, 1996). Puisque cette information est exacte, il est possible que les autres - sur la tenue de Kneipen et l'emploi du Comment par les Crocodiles - le soient également.

Néanmoins, le journaliste écrit également qu'une Société des Etudiants (dotée de son propre local) a vu le jour peu après la disparition des Crocodiles et de leur journal satirique. Ce que nous devons encore vérifier aux Archives de l'ULB... Si nos recherches confirmaient cette deuxième information, les doutes sur l'emploi de rites estudiantins germaniques par les Crocodiles seraient pratiquement dissipés...

Illustrierte Zeitung du 17 janvier 1863, p.54.

dimanche 10 juin 2012

Bursch de la Lovania

Dans la brève "Héritage des sociétés étudiantes dites germaniques", nous évoquions la Lovania, une corporation fondée à Louvain en 1896, sur le modèle des sociétés étudiantes d'outre-Rhin. 

Elle dut sa naissance à des étudiants qui avaient assisté à une conférence sur la vie estudiantine en Allemagne, donnée par le professeur Armand Thiéry (lui-même membre de la "Bavaria Bonn").

Dès sa fondation, la Lovania calqua ses cérémonies et ses tenues d'apparat sur celles de ses cousines germaniques.

Une photographie prise, en 1900, lors du semestre d'hiver (W.S., Winter Semester), nous présente d'ailleurs le bursch (le membre) Léon Groutars, étudiant en droit (stud. v. lex) et consenior de la Lovania (XX) habillé en Vollwichs.

Cliché transmis par Benoît Bacchus P.nc.n.

On retrouve le Vollwichs des sociétés germaniques sur la carte postale éditée en 1905 par la Lovania.

En arrière-fond : l'université de Leuven.
Carte de 1905.

 

dimanche 27 mai 2012

Héritage des sociétés étudiantes dites germaniques

Les étudiants belges connaissaient relativement bien le fonctionnement des sociétés estudiantines allemandes et suisses. En 1891, l’"Almanach des étudiants libéraux de l’Université de Gand" brosse ainsi un tableau assez complet des corporations allemandes et de leurs principaux rites. Et en 1896, le même "Almanach" interroge différentes sections des sociétés suisses de Zofingue et de Belles-Lettres et publie leurs réponses qui comportent un état des lieux de ces sociétés ainsi qu’une description de leurs casquettes et sautoirs.


Carte de la Société de Belles-Lettres
envoyée  de Lausanne le 6 juin 1906,
à l'occasion des fêtes du centenaire de la Société.

A gauche, un Belletrien porteur du cerevis et du sautoir.
A droite, un autre membre porteur de la casquette et du sautoir.

Si la majorité des sociétés d'étudiants suisses reprirent les règles du Comment, la casquette à visière courte, les rubans portés en sautoir et les uniformes de leurs homologues germaniques, il en a été autrement pour les étudiants belges. 

Le Comment

On ne sait pas exactement quand le Comment et les Kneipen furent introduits en Belgique. Mais, d’après un document unique (un article de l'époque en notre possession), il est possible que ce code étudiant et ces assemblées aient été pratiqués très tôt à l’Université de Bruxelles par la "Société des Crocodiles", un cercle fondé en 1853.

En revanche, on peut affirmer avec certitude que l’usage du Comment fut introduit à l’Université de Louvain par l’"Helvetia Lovaniensis", une société d’étudiants catholiques suisses organisée sur le modèle des sociétés estudiantines germaniques. Cette société, fondée en 1872, disparut en 1875.

La "Tungria Lovaniensis", basée sur le même modèle, apparut peu après, en 1877. La Tungria a très probablement été fondée par des étudiants ayant déjà appartenu à des corporations. Elle rassemblait des Allemands, des Autrichiens, des Suisses, des Belges et des Luxembourgeois, tous germanophones. Elle disparut elle aussi rapidement, en 1879. Son activité fut néanmoins prolongée, dès 1880, par la société "D’Letzebuerger", qui regroupait des étudiants luxembourgeois ; celle-ci tint des Kneipen selon les rites du Comment bien après la Seconde guerre mondiale. (www.louvain.lu, site consulté le 17 octobre 2008.)

Der gutte Kamerad : le bon camarade.
Dessin extrait du Bierzeitung du cercle D'Letzeburger, vers 1880.

Au-dessus, un membre, porteur du cerevis et du ruban,

tient une chope d'une main et sa pipe de l'autre.
En dessous, scènes de Kneipen


Sur les cendres des deux premières fraternités suisse et allemande, une nouvelle société fut créée à l’Université de Louvain en 1896. Elle prit le nom de "Lovania". Elle doit sa naissance à des étudiants qui avaient assisté à une conférence sur la vie estudiantine en Allemagne, donnée par le professeur Armand Thiéry (lui-même membre de la "Bavaria Bonn"). La préface du "Chansonnier des étudiants belges", édité en 1901 par le "Studentverbindung Lovania" annonce clairement la filiation de cette société, fondée "suivant les us et coutumes des fameuses Corporations estudiantines d’Outre-Rhin".

Pendant la Première guerre mondiale, la Lovania perdit de nombreux membres tués sous les uniformes belge et allemand et elle fut mise en sommeil. En 1927, l'étudiant louvaniste Edmond de Goeyse essaya sans succès de relancer ses activités. Néanmoins, c'est principalement sous l'influence de ce même de Goeyse qu'un Clubcodex, version flamande du Comment, se répandra en Belgique à partir de 1929.

Ce Codex se diffusera d'abord dans les universités du Nord du pays dans la première moitié du 20ème siècle puis dans les autres universités dans la seconde moitié.

La casquette et le ruban

Lorsqu’elle apparaît à l’ULB vers 1850 et vers 1860 à l’Université de Liège, la casquette des sociétés estudiantines belges, appelée aujourd'hui "penne", dispose également d’une visière courte et sa forme rappelle celle de la coiffe estudiantine allemande. ("Philo fête ses 10 ans : l’Expo !", Catalogue d'exposition, Liège, 1997, pp. 12 et 13).

Progressivement, la visière s’est allongée pour atteindre ses dimensions actuelles au cours des années 1970. Aujourd’hui, ce sont principalement les Ordres de l’ULB qui portent encore la visière courte, héritage des sociétés dites germaniques.

Il semble que les rubans portés en sautoir aient été introduits en Belgique par les sociétés de type "germanique", à Louvain à la fin du 19ème siècle puis dans les universités aujourd'hui néerlandophones au début du XXe siècle.


A l'ULB, les rubans étaient portés par les membres des comités de Cercle vers 1900 ; il semble qu'ils aient disparu de l'Université après la Première Guerre mondiale avant d'y être réintroduits discrètement dans les années 1960 par les premières Corporations puis publiquement dans les années 1980 par les  premières Guildes. Ce qui est cohérent : les Corporations et les Guildes fonctionnant sur le modèle du Comment.

La tenue d'apparat


La tenue d'apparat des étudiants allemands a également été portée en Belgique, quoique brièvement. Eugène Polain, bibliothécaire de l’Université de Liège, nous livre un témoignage intéressant sur l’habillement des étudiants liégeois : "Leur costume, le jour de sortie, écrit-il, était très curieux. C'est surtout en 1869, lors de la célébration du 50e de  l'université que je m'en rappelle : ils avaient quelque peu copié le costume des Allemands, et portaient le pantalon blanc, une veste assez courte et fort étriquée. Ils avaient comme coiffure une petite casquette étroite avec une visière en toile cirée." (Jean-Denys Boussart, Petite histoire des étudiants liégeois. Contribution à l’étude des traditions estudiantines, Liège, 1967, p.13)


La tenue décrite par le bibliothécaire de Liège correspond à celle des étudiants suisses et allemands (voir la carte ci-dessous).

Salutations envoyées de Luzern le 28 août 1908
"an die ganze Korona" de la société Minerva à Basel.

On voit ici un étudiant en Vollwichs, la tenue d'apparat des étudiants suisses et allemands.

Elle est consituée d'un cerevis (petit couvre-chef retenu par un élastique),
d'un sautoir aux couleurs de la société
d'un Flaus (veste à brandebourg), de gants à crispins,
de culottes blanches et de bottes.

La plupart des sociétés encore actives n'ont gardé de cette tenue que la casquette et le sautoir.


jeudi 24 mai 2012

Comment de la Société de Zofingue

Dans la brève "Aux origines des sociétés d'étudiants" , nous avons signalé que les Landsmannschaften, apparues au 16ème siècle, furent les premières sociétés d'étudiants à codifier leurs coutumes par un Comment. Cet ensemble de rites est aussi parfois appelé Biercomment.

Il en existe des longs et des brefs, des sévères et des drôles. Qu'ils soient épurés ou d'une complexité burlesque, l'humour au second degré n'est jamais loin.

Les premiers Comment ont été rédigés en allemand. Mais certaines sociétés d'étudiants suisses les ont adaptés en français. 

Nous avons choisi de présenter le Comment édité en 1902 par la section genevoise de la Société de Zofingue (et non pas les versions plus récentes) afin de souligner l'ancienneté de rites étudiants que nous avons adoptés et adaptés dans les universités belges. (Lisez les brèves : "La tenue d'une Kneipe, d'un Cantus", "Silentium ex ! Colloquium !" et "Ad diagonalem ! Ad fundum !").

Les commentaires (assez brefs) des articles du Comment ont été placés en tête des pages reproduites ci-dessous.



Les séances sont rythmées par deux actes. Lors du premier acte, les membres discutent des questions administratives et présentent leurs différents sujets de discussion. Lors du second acte, l'assemblée passe aux réjouissances et aux jeux de bière.

Le terme "philistins" désigne en général les personnes qui n'appartiennent pas à une société d'étudiants. Mais certaines sociétés attribuent ce vocable à leurs anciens membres.

Lors d'une Kneipe, le temps est compté en "bierminuten". Et comme le temps passe plus vite le verre à la main, 5 bierminuten valent 3 minutes philistines.


La "fleur" est première gorgée d'une bière. A l'inverse, le "reste" est la dernière gorgée.

La Corona est composée de l'ensemble des membres attablés.

Les lettres "F.M." désignent le Fuchs-Major, chargé de la formation folklorique des nouveaux membres (appelés Füchse, c'est-à-dire "renards"). Les membres admis sont appelés Burschen (c'est-à-dire "gars").


Le §11 est le plus sacré des paragraphes. Dans de nombreux Comment, il reprend l'adage "Es wird immer fortgesoffen". Dans cette édition, la consigne a été francisée. Mais l'idée reste la même : on boit toujours trop.



Le "Burschenconvent", appelé "Gerousia" dans cette édition, est l'assemblée des Burschen. Et le "Fuchseconvent" est l'assemblée des nouveaux (les Füchse). Chaque Fuchs est parrainé par un Leibbursch.


Un "Ehrenfuchs" et un "Ehrenbursch" sont un fuchs d'honneur et un bursch d'honneur, ce qu'on pourrait traduire par filleul d'honneur et parrain d'honneur.


Un "Quantum" désigne une quantité et un "Ganz" un verre entier...

Contrairement à ce qu'indique son nom, le "Contre-président" (appelé parfois Contra) a pour tâche de seconder le président (le Senior).

Recommander un membre au Fuchs-Major ou au président revient à demander la parole ou une certaine quantité de bière pour lui. 


Une coquille s'est glissée dans le Comment : lisez "pro laude" (à la place de "pro lande"), pour le verre de récompense que boit un membre.


On verra dans le "bierjung" une parodie des duels à la rapière. Dans ce rite bibitif, les verres sont d'ailleurs appelés "armes" et l'on dit qu'un membre "a saigné" lorsqu'il a renversé de la bière en buvant.



Boire "in die Welt", c'est boire "dans le monde" suivant l'idée que la Corona est une petite société.

"Ueber's Kreuz trinken" est un rite bibitif pour "boire de façon croisée" ou plus exactement pour renvoyer l'hommage à celui qui invite à boire.


Au cours de la cérémonie d'intronisation, on verse de la bière sur la tête du néophyte.



mercredi 23 mai 2012

Aux origines des sociétés d'étudiants

Les étudiants français

A Paris et Bologne, les deux villes universitaires les plus célèbres au Moyen Age, les étudiants "avaient l’habitude de se réunir au sein d’associations regroupant des gens originaires de la même région, les nationes. Ces nationes empruntèrent nombre de rites aux corporations qui fleurissaient un peu partout au Moyen Age. Comme pour tout groupement fermé, le nouveau venu était soumis à un certain nombre d’épreuves (sauf à Bologne) qu’il devait subir avant d’entrer dans la nation.", explique l'historien Olivier Meuwly dans son excellent ouvrage sur les sociétés étudiantes de Lausanne. "Ces associations avaient pour but essentiel d’offrir un cadre d’accueil chaleureux au nouveau venu, tiré de son coin de terre natal. Elles deviendront un moyen de lui venir en aide et de lui permettre de s’adapter à un milieu tout à fait nouveau pour lui." (Olivier Meuwly, Histoire des sociétés d’étudiants de Lausanne, Université de Lausanne, 1987, p.13.)

Les étudiants allemands

Au 16ème siècle, les universités allemandes virent se créer des variantes des nations. "Regroupant également des étudiants provenant de la même contrée, elles prirent le nom de Landsmannschaften. Là aussi elles s’inspirèrent des corporations, puisqu’elles adoptèrent, comme celles-ci, des signes distinctifs, rubans, locaux et règlements." Des Comment (qu’on peut définir comme le fait de savoir comment se comporter et... boire) codifièrent leurs usages. (Olivier Meuwly, op.cit., pp.13-14)

Les Landsmannschaften étaient dirigées par un senior (l’étudiant le plus âgé), secondé par un consenior ou par un professeur. Ces sociétés eurent à cœur de cultiver le vocabulaire estudiantin. On y employait par exemple les termes de "fux" et de "bursch" en rapport avec le nombre de semestres et sans que cela ait de prime abord une connotation hiérarchique. Ces sociétés avaient également un penchant prononcé pour les chants d’étudiants. (Voir le très complet Dossier de formation romand publié par la Sarinia, p.9. www.sarinia.ch)

Les Landsmannschaften furent interdites en 1654 principalement en raison des nombreux duels qui les opposaient. Elles ne disparurent pas mais perdirent en influence. (Dossier de la Sarinia, p.9) De plus, elles subirent des changements notables sous l’influence conjuguée des idées libérales issues de l’Aufklärung (les Lumières) et de la franc-maçonnerie.

Parallèlement au renouveau des Landsmannschaften, apparurent les ordres estudiantins, qui s’inspiraient des idéaux égalitaires et des habitudes des loges maçonniques. Ces ordres influenceront les rites des Landsmannschaften puis "se détacheront du monde estudiantin et finiront, vers 1815, par disparaître complètement." (Olivier Meuwly, op.cit., p.14)

Olivier Meuwly estime que la fusion entre les principes des Landsmannschaften et ceux des ordres estudiantins a donné naissance à la société étudiante moderne. (Olivier Meuwly, op.cit., p.14)

"Dès 1810 environ, ces Landsmannschaften, qui faisaient respecter de façon tyrannique le Comment sur les universités et qui y exerçaient une véritable hégémonie, prirent progressivement les noms Kränzchen puis de Corps."  Et le critère d’admission de l'origine géographique disparut au profit de la personnalité du candidat. (Olivier Meuwly, op.cit., p.14)

Les Corps se considéraient comme les détenteurs des traditions estudiantines et ils contribuèrent à en fixer les coutumes. Ils mirent par écrit et complétèrent l’ancien Comment des Landsmannschaften. Ils reprirent le système de la société à vie (Lebensverbindung) et de nombreux rites et signes propres aux ordres estudiantins tels que la devise, le zirkel (c'est-à-dire le monogramme de la société), les abréviations X, XX et XXX pour désigner le président, le vice-président et le secrétaire. (Dossier de la Sarinia, p.10.)

Ces corps tinrent des Kneipen, c'est-à-dire des réunions se déroulant selon des rites et avec des formules spécifiques en latin. Pour avoir une idée de la manière dont ils se pratiquent aujourd'hui en Belgique, lisez les brèves "La tenue d'une Kneipe, d'un Cantus" et "Ad diagonalem ! Ad fundum !"

Les étudiants suisses

Faute de facultés en nombre suffisant dans leurs régions, de nombreux étudiants suisses suivaient les cours dans les universités allemandes. Ils en ramenèrent l'organisation typique des sociétés estudiantines dites "germaniques" : la tenue de Kneipen, l'usage du Comment, l'usage de symboles et le port de signes distinctifs.

La Société de Belles-Lettres, fut créée dès 1806. On s'y préoccupait principalement de littérature. Si on y porte le sautoir et la casquette des sociétés "germaniques" (ou le béret des étudiants français), on n’y pratique pas les rites des Corps. (Site de la section genevoise de l'Helvetia. www.helvetia-ge.ch)

La Société de Zofingue est fondée en 1819. Son objectif était de travailler à l’intérêt général et de rassembler les étudiants sans tendance politique particulière. Des tensions apparurent néanmoins entre conservateurs et libéraux lors de la révolution de 1830. En 1832, des membres créèrent l’Helvetia, une société résolument libérale radicale. Tant à Zofingue qu’à l’Helvetia, on porte casquettes et sautoirs et on se réunit selon les rites des sociétés "germaniques". (Site de l'Helvetia Genevensis.)