Affichage des articles dont le libellé est drapeau. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est drapeau. Afficher tous les articles

dimanche 14 décembre 2025

Le drapeau de Pharmacie offert par les Iguanodons

C'est à La Bécasse, estaminet qui a vu naître et se réunir tant de confréries estudiantines, que, le soir de la Saint-Nicolas 2025, le Cercle de Pharmacie s'est vu remettre un de ses antiques drapeaux par le Club des Iguanodons. Un drapeau facultaire supplémentaire émerge donc des limbes !

Le drapeau, une belle pièce d'un peu plus d'un mètre carré assez bien conservée, a été remis plié en triangle, comme il se doit, sur les vieilles tables en bois du premier étage de l'estaminet. Les vénérables Plumes et Poils de Pharma et les ancêtres du Club des Iguanodons ont célébré la résurrection du drapeau avec force lambic et d'autant plus de joie que le Cercle de Pharmacie, fondé en 1928, va bientôt fêté ses cent ans.

Si l'on en croit l'un des Iguanodons, "cestuy Drapel, exhumé d'entre les défuncts, déterré chez un Bourgeoys contre rançon de six cents écus, est remis et offert par les Iguanodons à l'expresse condyction de prestement déposer iceluy aux Archives de l’Université". Un joli cadeau, donc, à une encâblure des festivités du centenaire du Cercle vert !

En transmettant le drapeau retrouvé, le Club des Iguanodons remplit son rôle de "conservatoire des traditions estudiantines", selon les termes de son représentant.

Confection 

La datation du drapeau s'avère difficile. Le lettrage et les broderies semblent dater de la fin des années 1930 mais les passementeries pourraient avoir été confectionnées après la Seconde guerre mondiale.

Pour le moment, nous n'avons retrouvé qu'un seul cliché où l'on distingue le drapeau. Il s'agit d'une cérémonie d'hommage au Soldat inconnu lors d'une Saint-Verhaegen, entre 1964 et 1968.

Au centre du drapeau, on reconnaît le mortier et le pilon des pharmaciens. Nous retrouvons les mêmes attributs au centre des vleks de Pharma, l'Ordre du Pilon et celui de la Mandragore, fondés à la fin des années 1960 par le Poil Jean-Antoine De Muylder.

Les franges rouges viennent faire écho au vert de la Pharma et forment avec lui les couleurs de la Ville de Bruxelles. Cette association de couleurs, courante dans les cercles d'avant-guerre, y compris sur le ruban des pennes et des bérets, pourrait événtuellement confirmer que le drapeau date bien de la fin des années 1930.

Si des Anciennes ou Anciens de Pharma ont des informations sur cette relique...






Le drapeau du Cercle de Pharmacie, à gauche.
Saint-V, entre 1964 et 1968,
hommage au Soldat inconnu.
Photo extraite de M. Hermand,
"La Belle histoire du Cercle des Sciences".

Ordre de la Mandragore.
Cercle des Sciences, 40 ans de folklore estudiantin
à travers les médailles de St V
, 1978

Ordre du Pilon.
Ibidem.

samedi 18 octobre 2025

Un drapeau du Cercle des Sciences

C'est la saison... Après le drapeau du Cercle polytechnique des années 1930 et le drapeau du Cercle de Droit des années 1930 retrouvés il y a peu, c'est au tour du drapeau du Cercle des Sciences de sortir des limbes. C'est le vieux Poil Frédéric M.r.t... qui a retrouvé le drapeau du Cercle.

En son centre, on y reconnaît la cornue chère au Cercle (cornue encore présente sur le vlek du Nucleus) si d'aventure les initiales CdS n'avaient pas suffit à identifier ce drap mauve.

Par son graphisme et la disposition des lettres, il ressemble fortement à celui arboré sur le char du Cercle de Chimie lors de la Saint-Verhaegen 1934 et celui de 1935 (ou 37), sur lequel figurent clairement les initiales C.C.

Néanmoins, si la passementerie de ce drapeau-ci ressemble de loin à celle du drapeau de 1934 (pour le peu que la photographie nous laisse deviner), elle est clairement différente de celle de 1935 (ou 37).

Datation au carbone 14

Pour mémoire, le Cercle de Chimie fut fondé en 1932 sur les ruines du Cercle de Sciences.

Alors... Ce drapeau-ci du CdS serait-il en réalité le drapeau du CC dont aurait modifié légèrement le lettrage ainsi qu'éventuellement la passementerie (si l'on en juge par les clichés) lors de la résurrection du CdS en 1938 ? A moins qu'il ne s'agisse du drapeau du "nouveau" CdS et que celui ne soit une copie aussi conforme que possible de l'ancien drapeau du CC ?

Vu qu'aucune trace de modification du lettrage n'apparaît sur le tissu, ce drapeau est vraissemblablement celui du CdS ressuscité à veille de la Seconde guerre mondiale ! C'est sur une prise de vue lors des cérémonies de Saint-Verhaegen au Soldat inconnu, entre 1964 et 1968 qu'on trouve une des traces de ce drapeau du CdS. 

Pour en savoir plus sur la Saint-Vé 1934 et sur le cercle de Chimie, n'hésitez pas à consulter l'excellent ouvrage du Poil Michel Hermand, La Belle histoire du Cercle des Sciences, 2015.

Collection Frédéric M.rt...

Char du Cercle de Chimie, à la Saint-Vé 1934
Le mage barbu est le futur président du CC (1936-1937).

A droite le drapeau du CC.
Document transmis par Martin Pwim Sp.n.gh.

Photo de la Saint-Verhaegen 1935 ou 1937.
Document transmis par Martin Pwin Sp.ngh.


Saint-V, entre 1964 et 1968,
hommage au Soldat inconnu.
Photo extraite de M. Hermand,
"La Belle histoire du Cercle des Sciences".

samedi 8 juillet 2023

Le CD a retrouvé le drapeau des années 1920

Comme quoi il ne faut jamais désespérer et continuer à faire des offrandes au pied de la statue de saint Verhaegen...

Le Cercle de Droit vient de récupérer le drapeau réalisé dans les années 1920. Ses dimensions sont de 90 cm sur 70 cm. Le lettrage arrondi et la balance facultaire sont brodés en fil doré.

Etonnamment, il porte également le nom de Jules Fonson. On pourrait spontanément penser qu'il s'agit du donateur du drapeau. Mais Jules Fonson (1861-1938) est un illustre médailleur bruxellois, qui reprend l'affaire familiale dans les années 1920. Il est aussi le plus célèbre des fournisseurs militaires. C'est sans doute dans ce cadre que le Cercle s'est adressé à lui pour la confection de son drapeau.

L'étendard est fortement endommagé. Mais il est désormais entre de bonnes mains.


Photo transmise par le Poil Arm.n T.r St.p.n..n, président du C.D.

Le drapeau du CD n'a pas toujours eu le même aspect. Ainsi dans les années 1960, le texte et la balance sont disposés de la même manière mais sont tracés en noir. Et l'arrondi cède la place à l'angle droit. 

Saint-V, entre 1964 et 1968,
hommage au Soldat inconnu.
Photo extraite de M. Hermand,
"La Belle histoire du Cercle des Sciences".

mercredi 24 février 2021

En 1884, première médaille des festivités du 20 novembre

La tradition de la Saint-Verhaegen remonte aux fêtes organisées à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’ULB en 1884, bien que l’on guindaillât depuis longtemps déjà dans les bistrots du quartier de l’Université, installée à cette époque dans le palais Granvelle, rue des Sols. La même année, un Congrès international des étudiants se tient également à Bruxelles.

Dans son édition du 21 novembre 1884, "La Réforme, organe de la démocratie libérale" nous relate les festivités de la veille dans les moindres détails : "Depuis le matin, le quartier de la Cantersteen - notre quartier latin - était dans une animation inaccoutumée.

Un grand nombre d'étudiants circulaient dans les rues ; et tous les établissements environnants étaient pleins.

La joie partout. Les gens graves même avaient voulu être de la fête ; et il n'était pas une maison qui ne fût pavoisée aux couleurs nationales.

Vers midi et demi, on se réunit place de l'Université pour se rendre en corps à la Maison du Roi. Chaque groupe arrive avec sa bannière spéciale. Nous remarquons successivement celui des étudiants de Bruxelles, du Cercle montois, des élèves internes et des externes des hôpitaux civils, des étudiants vétérinaires de Cureghem, du Club mucilagineux, des étudiants libéraux de l'Ecole des mines de Mons, de l'Institut commercial d'Anvers, des étudiants flamands de Liège, de la Société flamande Zonder Nijd de Liège, de la Société générale des étudiants de Gand, des Wallons libéraux de Gand, des étudiants en médecine de Gand.

A 12h45, le cortège entre par la porte de gauche, dans la cour de l'Université, et contournant la statue de Verhaegen, se met en marche vers la Grand-Place, en passant par la Cantersteen, la rue de la Madeleine et la rue Marché-aux-Herbes.

Carte postée en 1924.
La statue de Verhaegen est au centre de la cour.
Deux portes - ou plutôt grilles - donnent sur celle-ci.

En tête, M. Fernand André porte l'ancien drapeau de l'Université libre. Puis viennent le délégués de la Fédération des Etudiants, le bras ceint de bleu ; enfin les bannières réunies des différents groupes et la joyeuse foule des étudiants.

Sur le parcours, le cortège chante la Marseillaise, le Chant des Etudiants, de Witmeur, et le funèbrement drôle O Vandenpeerenboom."

C'est donc dès midi et demi, une assistance nombreuse se dirige vers la Maison du Roi (accessible pour la première fois depuis sa reconstruction) et s'installe au second étage, où a lieu la cérémonie.

"A une heure, précise le quotidien libéral "La Meuse, journal de Liège de la Province" du 21 novembre 1884, la Brabançonne exécutée par la musique des pompiers, annonce l'arrivée de M. Buls. [...] Le discours qu'il prononce d'une voix très-claire soulève un enthousiasme général, alors surtout qu'il dit avec chaleur que nous nous efforçons de combattre la théocratie qui chercher à étouffer la science [...]

Au terme des longs discours, auxquels le public assiste debout, "un silence se fait" nous dit "La Réforme" : "M. de Parmentier apporte le nouveau drapeau des étudiants. Cette bannière bleue est par sa couleur le symbole du libéralisme, par ses emblèmes ceux de la science, aux coins se détachent en broderies d'or les insignes des Quatre Facultés et un flambeau éclate au milieu de l'étendard symbolisant la lumière et le progrès. Une vive émotion suivie de vivats prolongés salue le nouveau drapeau.

M. Rousseau se lève [...] et solennellement, les yeux tournés vers la bannière, la donne aux étudiants, avec quelques paroles cordiales et graves : "Vous saurez porter avec honneur, dit-il, cet étendard ; vous êtes des hommes, vous combattrez pour la vérité, pour ce grand principe qui est le programme de notre Université : le libre examen. Comme les soldats d'une grand cause, vous saurez être fidèle à votre drapeau." Ce à quoi Léon Furnémont, représentant des étudiants, répond entre autres : "C'est porté par nous que l'étendard du libre examen ira bientôt flotté sur les ruines des vieux abus et des préjugés détruits. Nous triompherons parce que notre cause est juste, parce que nous avons l'audace, l'enthousiasme et la volonté."

La remise de cette bannière, offerte par le Conseil académique, semble avoir été le point d'orgue de l'ouverture des fêtes jubilaires, si l'on en croit "La Meuse". 

"La Meuse" poursuit sa description des festivités : "Commencée à 12 heures, la cérémonie ne s'est terminée qu'à 3 1/2 heures. Le cortège se forma alors sur la Grand'Place au milieu d'une grande affluence de curieux. En tête la musique des pompiers et les drapeaux, puis les autorités communales et académiques, les anciens étudiants, enfin, la Fédération des étudiants et leurs frères de l'étranger.

On se mit en marche sur le nouvel hymne à l'Université, fort bien composé. Les groupes d'étudiants entonnèrent des choeurs de circonstance, cela va sans dire : Brabançonne, Marseillaise, voire l'ô Vandenpeereboom. Beaucoup de monde rue de la Madeleine, que la tête du cortège quittait quand la queue s'y engageait seulement.

A l'Université, la plaque commémorative en l'honneur de Verhaegen a été installée en face de l'entrée de la rue des Sols. Au moment où la toile qui la couvrait est tombée, des hourras retentirent dans l'assistance.

En somme, les fêtes se passent fort bien. Les étudiants, en parcourant la ville, y jettent une note gaie et pittoresque."

Débuté à quatre heures et demie, le Congrès des étudiants, nous dit "La Meuse", "est installé au théâtre des Nouveautés. Au bureau, siègent MM. Furnémont, président, et les membres du Comité du Cercle des Etudiants progressistes, organisateur. MM. Arnould et Desguin, membres du Comité d'honneur, assistent à la séance d'ouverture.

M. Furnémont souhaite la bienvenue aux membres du Congrès et caractérise son but : faire connaître les voeux de la jeunesse universitaire dans la grande question de l'enseignement. Il fait l'éloge du président d'honneur du Congrès, Victor Hugo.

Le Congrès constitue son bureau comme suit : Président, M. Furnémont ; vice-présidents, MM. Monet, Debleumourtier, Boureau, de Paris ; M. Juanès Junel, délégué danois ; M. Salvador Castello, délégué espagnol ; plus les membres délégués des Sociétés universitaires belges, avec M. Féron pour secrétaire. [...] "

"La Réforme" livre le long discours d'ouverture de Furnémont. Nous en retiendrons principalement les paroles suivantes : "Le Cercle des Etudiants progressistes a choisi l'enseignement populaire comme objets de débats. Il a cru que cette question, intéressante entre toutes, prenait pour nous en ce moment une importance encore plus grande encore.

L'enseignement est livré au cléricalisme. Des légions d'hommes noirs se sont abattues sur l'intelligence du peuple comme la chauve-souris sur la lumière qui l'offusque.

[...] Nous devons montrer à tous ceux qui nous aiment, à tous ceux que la Belgique intéresse, que si le présent est sombre, l'avenir est radieux et pur et qu'à l'ignorance obligatoire, imposée par des hommes s'intitulant nos maîtres, étant eux-mêmes de vils esclaves, succèdera bientôt une ère de bonheur et de paix, préparée par l'instruction gratuite, laïque et obligatoire ! [...]

Léon Furnemont déclare qu'en cette matière les étudiants belges ont beaucoup à apprendre de leurs voisins français et qu'ils les écouteront avec joie développer les avantages de la réforme qu'ils ont accomplie. Puis, après avoir rappelé que le Congrès aborderait la question de la laïcité en lien avec rôle de l'Etat dans l'enseignement, il déclare qu'"Il ne suffit pas que l'enfant et l'adolescent acquièrent des connaissances générales qui leur permettent d'avoir une opinion sur la plupart des problèmes politiques et sociaux qui se posent journellement devant eux, il faut [...] assurer à ceux-ci un enseignement technique."

Conscient que le champ des débats soulevés est vaste, Furnemont espère "un résultat favorable à la grande bataille d'idées qui va se livrer" et souligne qu'à tout le moins le Congrès aura l'avantage d'établir pendant quelques jours des liens étroits entre les étudiants qui veulent le "progrès continu par le complet épanouissement des idées [...] démocratiques".

A ce Congrès, au côté de Paul Janson (qui sera ovationné), le professeur Guillaume De Greef prend la parole. Il critique un libéralisme qu'il juge autoritaire et des hommes politiques qu'il qualifie de réactionnaires. Il estime qu'une des cause de cette situation réside dans l'absence de facultés de sciences sociales dans les universités belges ; aussi en propose-t-il la création. De Greef s'inquiète par ailleurs d'une trop grande spécialisation des travailleurs, qui empêche le développement de leur intelligence. Il se dit à ce sujet partisan de l'enseignement intégral, à savoir des connaissances générales de toutes les sciences.

Nous retrouvons ici des éléments du conflit entre libéraux conservateurs et progressistes, qui trouve un écho au sein de l'Université libre et conduira dix ans plus tard à la création de l'Université Nouvelle, lors de l'affaire Reclus. Université nouvelle dont De Greef deviendra d'ailleurs le recteur.

Le banquet

"La Meuse" du 21 novembre 1884 précise également que le banquet de l'Hôtel de Ville, débuté à 19h45, rassemble quelques 150 convives sous la présidence du Bourgmestre. Parmi les invités, l'on compte entre autres les conseillers communaux, les membres du Conseil d'administration et les professeurs, des délégués des anciens étudiants, de la Société des ingénieurs de l'Ecole polytechnique, des étudiants... "L'animation est grande. Le bruit des conversations étouffe les sonorités de la fanfare des pompiers, qui joue dans la salle des Mariages."

Les festivités universitaires s'étalent sur plusieurs jours. "La Réforme" du 22 novembre donne ainsi le programme chargé de la journée : séance du Congrès à 14h00, fête intime à L'Etoile (4 rue du Marché-au-Bois) à 17h30, banquet à la Bourse à 18h30 et bal à l'Eden à 21h00. 

Autre son de cloche... d'église

"Le Patriote", quotidien catholique et conservateur, du 21 novembre apporte quelques informations complémentaires et livre un regard évidemment nettement critique sur ces festivités. Ce qui nous permet de mesurer l'animosité qui régnait alors entre les catholiques et les libres penseurs.

Le journal catholique indique donc que la veille, vers 19 heures, "un cortège aux lumières a traversé la ville. [...] La réception officielle s'est faite à la Bourse. [...] Le soir, les aimables jeunes gens en qui réside l'avenir du parti "libéral" et le présent des établissements de la rue du Persil et de la rue Saint-Laurent ont commencé leurs saturnales. Après un congrès dans lequel ils ont rivalisé de sottise et d'emphase, ils se sont répandus dans les rues de Bruxelles et ont braillé, jusqu'à des heures avancées, toutes les chansons à la mode [...]."

On aura compris l'allusion acide du journaliste, qui établit une équivalence entre la loge maçonnique des Amis Philanthropes (fondatrice de l'ULB), installée rue du Persil, et une des nombreuses maisons closes de la rue Saint-Laurent. (Jean d'Osta, Dictionnaire des rues de Bruxelles, éd. 1995).

Et "Le Patriote" de poursuivre : "La petite débauche universitaire dont nous avons dit quelques mots hier s'est continuée aujourd'hui. C'est d'abord dans la Maison du roi qu'une bannière du plus beau bleu a été remise par le bourgmestre des gredins aux pupilles de l'armée révolutionnaire. Des discours sur la science libre, le libéralisme, le libre examen ont été tour à tour prononcés par MM. Buls, Van Druman et autres orateurs aussi inconnus.

A quatre heures, tout ce monde était de nouveau réuni dans le hall de l'université, tendu de blanc et de bleu. M. Preumont, parlant au nom des étudiants, a rendu hommage au fondateur de l'université, M. Verhaegen. On a découvert la plaque de marbre blanc, portant cette simple inscription : "A Verhaegen, l'université libre de Bruxelles, 1834-1884." Les étudiants, qui n'étaient plus que cinq cents environ, ont entonné une marche et poussé de formidables cris : Vive Janson ! Vive Janson !"

L'édition du 22 novembre du "Patriote" précise seulement que : "Les étudiants de l'université de Bruxelles se donnent à eux-mêmes et aux autres, ce 22 courant, un grand banquet à l'occasion du cinquantenaire de la fondation de l'université. Le banquet a lieu par souscription. Au 12 novembre, la souscription des anciens étudiants n'avait encore réuni que 96 adhérents. C'est maigre !

Un maillet et une médaille

Outre les fêtes organisées à l’ULB, une délégation de trois cents étudiants est reçue le 21 novembre 1884 par le Grand Orient, dans le temple de la rue du Persil. Ils remettent un maillet d’argent au grand maître Eugène Goblet d’Alviella. Par ce geste, ils affirment les liens privilégiés que leur Université entretient avec la Franc-Maçonnerie belge qui l’a fait naître et, plus particulièrement, avec le Frère Pierre‑Théodore Verhaegen, disparu en 1862.

La médaille de 1884 présentée ici n'est pas une médaille de Saint-Verhaegen s'il on estime qu'il faille que ces deux termes consacrés y figurent. L'expression "Saint-Verhaegen" n'apparaît d'ailleurs qu'en 1888. Cependant, cette médaille célébrant les 50 ans de l'Université a bel et bien été frappée à l'occasion des festivités du 20 novembre et du congrès international des étudiants.

Au recto de cette médaille en argent, on retrouve les armoiries de la Ville de Bruxelles. Et au verso, l'on découvre une attache boutonnière, qui permet de placer la médaille au revers d'un veston. Nous ne savons pas si les étudiants accrochèrent cette première médaille à leur casquette (alors appelée "clippe"), comme ils en prendront l'habitude à partir de 1938 (année de la frappe de la troisième médaille du 20 novembre).

Ses dimensions peuvent surprendre : 3,5 cm de diamètre (l'attache en bouton faisant 2 cm de diamètre), 1 cm de hauteur (bouton compris) et presque 3 mm d'épaisseur.


Collection En Bordeaux et Bleu
Un énorme merci au Camarade qui a transmis cette pièce rarissime. 

samedi 3 août 2019

Vadrouilles du Népelé, noyau de la Résistance

Une photo du Népelé prise en vadrouille, c'était déjà un scoop pour ce cercle intime qui marquera l'histoire belge mais ne laissera que peu de traces aux Archives de l'ULB. Alors une photo avec le drapeau de la société, c'était inespéré ! Cette jolie découverte nous a été communiquée par B.n..t Bacchus P.nc.n.

Le Népelé, fondé vers 1935 si l'on en croit les statuts dont on dispose, n'a plus intronisé d'étudiants après la Seconde guerre mondiale. La photo a donc sans doute été prise entre 1935 et 1937 (les festivités de la Saint-Vé ayant été annulées à partir de 1938).

Une photo unique

La photo - reproduite en carte postale - nous montre un groupe de Népelés avec penne et béret à la Saint-Verhaegen, dans le centre de Bruxelles. Dans la calèche, en robe de juge, nous pensons reconnaître l'ex-président du Cercle de Droit, Henri Neuman.

Le drapeau porte un buste d'étudiant en casquette, encadré de cartes à jouer (à gauche) et d'un tonneau (à droite). Il est souligné du nom du cercle et surmonté d'une broderie difficile à lire ; il s'agit peut-être du L d' "ULB". La hampe du drapeau arbore une chope de bière.


Document transmis par B.n..t Bacchus P.nc.n
Cliquez sur la photo pour l'agrandir.




C'est une scène on ne peut plus joyeuse. C'est un drapeau on ne peut plus estudiantin… Et pourtant, quelques années plus tard, le Népelé - qui doit son nom aux initiales de ses fondateurs (Nayrinck, Penninck et Lepoivre) - constituera l'un des noyaux de la Résistance belge


Quatorze des 37 Népelés connus font partie des Résistants mentionnés dans "Avant qu'il ne soit trop tard". D'autres membres s'engagèrent sans doute aussi contre les nazis mais nous n'en avons pas encore la certitude.

En tout cas, trois d'entre eux dirigeront le Groupe G, réseau né à l'ULB : Henri Neuman (ex président du Cercle de Droit, cofondateur du réseau), Christian Lepoivre (ex président du Librex, parachuté de Londres) et René Ewalenko (ex président du Cercle Solvay, responsable du Matériel au G).

C'est l'engagement de ces Anciens durant la Seconde guerre mondiale qui rend leur photo de Saint-Verhaegen - pleine de joie de vivre - d'autant plus touchante.

Des guindailles des Népelés


Des activités folkloriques d'avant-guerre des Népelés, on ne sait rien, pour ainsi dire. Un article du Bruxelles Estudiantin d'avril 1953, signé par Roger, le patron de la Jambe de Bois, nous livre cependant quelques informations complémentaires : "Remontons la rue des Bouchers : à gauche, un cul-de-sac et l'enseigne du "Caillou qui bique", local favori des "Nez pelés". Un jour, ces redoutables baptisèrent une poule en pompe et costume. "Ursule", tel fut nommé le volatile, fut promenée sous le nez des bourgeois terrorisés ; le jeu favori des "Nez pelés" était de rencontrer un poil assoupi un soir de bacchanale, de lui passer délicatement la tondeuse le long du crâne ; ah oui ! ils coupaient aussi les cravates bien avant Patachou. Pendant les hostilités, nombre d'entre eux venaient se restaurer entre deux sauts de parachutes au "Caillou", siège facultatif du groupe G".

Ce témoignage est lui aussi émouvant car, même pendant la guerre, les Népelés restèrent fidèles au cabaret qu'ils avaient aimé pendant leurs années d'insouciance.


mardi 11 juillet 2017

La Saint-Vé 1930 : des chars et un premier Grand Cordon pour Manneken Pis

On ne désespère pas de retrouver des photos de la Saint-Verhaegen 1930. Décrite avec une plume enjouée dans le Bruxelles Universitaire de décembre 1930, l'ambiance des festivités semble y avoir été excellente : on distilla (comprenez "on emprunta") des ampoules dans les trams après y avoir chanté quelques titres du répertoire estudiantin et on distilla des Anciens (lisez "on se fit offrir à boire").

Mais ce sont surtout les cérémonies et le Cortège qui retiennent notre attention : Manneken Pis, le plus vieux Poil, y fut en effet décoré du Grand Cordon des Chevaliers de l'Ordre Mercurique (voir ci-dessous), le char de Médecine mettait en scène la constipation à travers les âges, tandis que celui de Solvay présentait les rois fainéants et celui de Polytech un Diogène dans son tonneau. Le tout précédé de cavaliers et d'une fanfare.








Grand Cordon

Le Grand Cordon, symbole des "Chevaliers de l'Ordre Mercurique", tel qu'il fut remis en 1930, est composé d'un ruban blanc porté en sautoir, croisé sur le torse. Un ruban orange est cousu par-dessus. Enfin, sur la partie inférieure du sautoir, trois étoiles à six branches - placées en triangle sur pointe - encadrent le blason (émaillé) qu'on retrouve sur les pennes du Cercle Solvay.

Cette décoration est, à notre connaissance, le premier "vlek" à avoir été décerné officiellement par un cercle estudiantin de l'ULB.

Ce document provient du Service Archives,
Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt

1050 Bruxelles

Photo transmise par le Camarade Pierre Jossart.



Et le voici ensuite tel qu'il était encore conservé par la Ville de Bruxelles... jusqu'à son vol...

 
Photographie de la Garde-Robe de Manneken Pis.

Voici très vraisemblablement un exemplaire de la médaille, placée entre trois étoiles, accrochée au ruban remis à Manneken Pis.

Cette médaille a sans doute été frappée après la codification de la penne en 1926. Cette année-là, l'Association générale des étudiants décide en effet de fixer la couleur des rubans facultaires et le dessin des blasons. Ces blasons sont alors cousus ou épinglés à la penne.

Dans le cas qui nous occupe, nous ne connaissons qu'un seul exemplaire de la médaille facultaire de Solvay, que nous présentons ci-dessous. Il existe néanmoins une médaille similaire frappée pour le Cercle de Philosophie et Lettres, avec un soleil. Les branches de ces médailles étaient trop épaisses pour que ces dernières soient épinglées au revers d'un veston. Il s'agit donc sans doute des médailles accrochées (déinfitivement) aux pennes.

Collection En Bordeaux et Bleu.

Si quelqu'un a plus d'information sur cette décoration, qu'il n'hésite pas à se manifester...

mardi 6 septembre 2016

Saint-Verhaegen 1945 : les photos d'une explosion de joie

En 1939, 40 et 41 (l’ULB ferma ses portes le 25 novembre 1941), l’A.G. décida de renoncer à la fête et d’organiser des collectes au profit des familles des étudiants et anciens étudiants mobilisés. Pendant le conflit, il y eut quelques réunions d'ULBistes pour célébrer le 20 novembre mais aucune festivité d'ampleur, évidemment. L’Université rouvrit ses portes le 20 novembre 1944 : il n’y eut bien entendu pas encore de Cortège cette année‑là, une partie du territoire national étant encore occupé. Un rassemblement eut néanmoins lieu au Solbosch, devant la statue de Verhaegen, et à la colonne du Congrès.

C'est en 1945, après six ans d'absence, que le Cortège de la Saint-Verhaegen retraverse la ville de Bruxelles. C'est donc bien naturellement que Bruxelles Universitaire titre à sa Une "Enfin une VRAIE Saint-Verhaegen". La joie de la liberté retrouvée est assez justement illustrée par un "étudiant sauvage" qui jaillit d'une cage et s'élance à la poursuite de deux demoiselles : le souffle de la vie est de retour.

Nous avons reconstitué ici la plus grande série de photographies de cette explosion de joie que fut cette Saint-Verhaegen 1945. Certains clichés sont inédits.

Une du Bruxelles Universitaire du 20 novembre 1945.Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.



Le programme de cette première Saint-Vé d'après-guerre annonce des cérémonies en deux temps, le 19 et le 20 novembre. Avec, pour la première fois, un hommage collectif à Frans Kufferath, tué le 11 mai 1940 au fort d'Eben-Emael, lors d'un assaut des troupes allemandes. Kufferath est un exemple typique du Poil actif : Comitard du Cercle Polytechnique, ancien Président de l'Association générale des étudiants en 1934 et en 1939. C'est à ce titre qu'on salua sa mémoire.

Extrait du Bruxelles Universitaire du 20 novembre 1945.Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

Pour soutenir la reprise des coutumes du 20 novembre et en souligner la continuité, Bruxelles Universitaire publie les souvenirs d'un Poil d'avant-guerre dans son numéro de la Saint-Vé 1945.



 


Extrait du Bruxelles Universitaire du 20 novembre 1945.Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.


Photos de la première Saint-Verhaegen d'après-guerre

Sur cette photo inédite du dépôt de fleurs le 20 novembre au pied du monument à Francisco Ferrer, place du Samedi (dans le centre de Bruxelles), on distingue le drapeau du Cercle de Droit et celui du Cercle Polytechnique.

Collection privée En Bordeaux et Bleu.

"La vie de Popol" par Alise Le Pays"... Avec cet auteur fictif - et ce livre improbable "en vente dans toutes les chaires de vérité" -, ce char dénonce le retour de Léopold III sur le trône. Une partie de l'opinion publique reproche notamment en effet au Roi d'avoir capitulé en mai 1940 et de s'être marié pendant sa captivité.

Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

Le char de Pharmacie se moque également du souverain et suggère d'employer le gouvernement Vanacker (composé de socialistes, de libéraux et de communistes) pour régler la question royale : "Contre la Léopoldine, la Vanackerine. Dans toute pharmacie." Plus léger, le cercle de Pharma conseille aussi aux vénériens de courir "au pharmacien".


Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.


De son côté, le char du Cercle Solvay propose une machine à sauver le franc, tandis qu'une gaïsha agite un éventail frappé du nom de la Société Générale de Belgique et qu'un cagoulard néo-fasciste s'active. Le message n'est pas clair : la Générale, la plus puissante des sociétés belges, est-elle accusée de faire de l'œil aux forces réactionnaires du pays, elle que la gauche accusait déjà d'être un parangon du capitalisme ?

Collection privée En Bordeaux et Bleu.

Collection privée En Bordeaux et Bleu.

Le Cercle de Médecine et son char, tiré par des chevaux, est précédé par un trompetiste.

Collection privée En Bordeaux et Bleu.

Collection privée En Bordeaux et Bleu.

Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

Sur le flanc gauche du char de Médecine, on devine le jeu de mots "Mes deux seins" et le début de slogan "Avec la pénicilline..." Et sur le flanc droit : "La pénicilline, élixir de longévité."

Derrière la charrette de brasseur, des Poils tirent une caisse à savon en forme de cercueil. A son bord, un étudiant déguisé en squelette incarne - si l'on peut dire - l'imprudent qui "n'avait pas pris de pénicilline".

Malgré son ton publicitaire ironique - "La pénicilline fait de beaux enfants. Madame ! Donnez-en à votre américain" -, un panneau affiché sur le char fait écho, en pleine guindaille, à une guerre pas si lointaine : les soldats américains sont encore présents et véhiculent - eux aussi - la vérole.

Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.


Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

Sous les yeux ébahis des badauds, des pandores et de deux militaires, le Cortège (ici le char de l'Association générale) passe - dans un nuage de fumée - remettre une penne au plus vieux Poil de Bruxelles : Manneken Pis.

Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.


Les périls léopoldistes et vénériens

Les calembours anti-léopoldistes affichés ou peints sur les chars de Saint-Verhaegen ne doivent pas nous surprendre. Dès le 20 juin 1945, le Bruxelles Universitaire relaie, en page deux, les propos particulièrement violents du Cagoulard - un Frère Macchabée, donc - opposé au retour du Roi sur le trône.



Le "péril vénérien" - bien réel - et son remède - la pénicilline - sont largement évoqués dans le Cortège de Saint-Vé. Mais ils sont déjà longuement abordés un mois plus tôt dans le Bruxelles Universitaire. Ainsi, dans le numéro du 26 octobre 1945, la maladie de Vénus y est notamment comparée aux Vergeltungswaffe 1 et 2, les bombes volantes nazies, par le jeux de mots "V1, V2, V.role". Et les "Propos du Cagoulard" du  même numéro soulignent quant à eux avec humour que l'Association générale des étudiants s'engage dans une campagne prohylactique.

Au-delà du clin d'oeil à Jean Mardulyn, président de l'A.G. en 1941, nommé assistant du recteur à son retour du camp de Buchenwald, on relèvera dans cet article les coups de griffe adressés au professeur Pirenne et à ses positions léopoldistes. Le Bruxelles Universitaire consacrera plusieurs articles et entrefilets virulents au professeur.




Extrait du Bruxelles Universitaire du 26 octobre 1945.Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.

50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.