samedi 24 août 2013

Chronique scientifique : le Manchaballus

En janvier 1928, Bruxelles Universitaire consacre sa première chronique scientifique aux travaux du Docteur K. Zohar. Ce zoologue réputé (et alter ego du casoar à plumes) venait de présenter les résultats de ses recherches sur le Manchaballus bloquans et le Manchaballus elegans, de redoutables ennemis du Poil.

Ces deux sous-espèces cohabitaient alors à l'ULB au sein du G.U.B.S.D.N., le très sérieux Groupement universitaire belge pour la Société des Nations.

Désireux de rivaliser avec la Revue des deux Mondes, le B.U. dédiera de nombreuses autres chroniques de la même tenue à la Buse ou à l'Opossum.




Bruxelles Universitaire, janvier 1928.Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.
50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

vendredi 23 août 2013

Projet de machine à démanchabaliser

Le Clebs Phétide (alias Francis André) imagina une machine infernale "pour la démanchabalisation des noveltistes". Et en publia le plan à la Une du Bruxelles Universitaire de février 1928.

Le Manchaballe est un étudiant infecté par le bacille de la bloque. La maladie se manifeste par quelques symptômes évidents : le Manchaballe vit pour étudier, ne porte pas la penne, il n'entonne pas d'air paillard et ne fréquente pas son Cercle facultaire. Bref, il est l'ennemi juré du Poil.

Le Noveltiste est, lui, un Manchaballe au cube. Son cas est nettement plus grave. Comme son nom l'indique, ce phénomène-là se passionne pour toutes les nouveautés. Il s'habille avec un chic racé et porte le chapeau boule. Il boit du thé et s'exprime avec distinction sur les sujets les plus complexes. Autant dire que Clebs Phétide - en vrai Poil - ne pouvait manquer de soigner un Noveltiste à coups de crayon.

La machine à démanchabalisation était conçue pour guérir le Noveltiste en trois temps. Un bras mécanique défonçait d'abord son chapeau boule à coups de poing. Puis, quatre Poils gavaient le "patient" de bière Amstel avant de lui injecter sa tisane en clystère.

On remarquera au passage que les visages des étudiants ont un (petit) air de famille avec les trognes des "Pieds Nickelés", une série dessinée par Louis Forton (de 1908 à 1934).


Bruxelles Universitaire, février 1928.
Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.
50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

Cette machine resta longtemps dans la mémoire collective. Son plan fut republié à la Une du B.U. du 1er novembre 1933. Et elle fut construite par le Cercle polytechnique, dix ans plus tard, lors de la Saint-Verhaegen de 1938.

Le magazine Face à Face du 24 novembre 1945 décrivit avec humour le fonctionnement du "Turbo Démanchabaliseur" : "Jaune et fripé comme les parchemins sur lesquels il est toujours penché", le manchaballe "était enfourné d'un côté pour ressortir de l'autre, hirsute, débraillé, la face enluminée et le verre à la main".

Assis sur un tonneau, face au Turbo Démanchabaliseur, le géant Zéphyrin, conçu lui aussi dans les ateliers du Cercle polytechnique, purifiait les manchaballes ramenés à la vie (de Poil).

Le Turbo Démanchabaliseur du C.P. et Zéphyrin à la Saint-Vé de 1938.
Photo du Face à Face du 24 novembre 1945, empruntée à Quevivelaguindaille.be

Le Turbo Démanchabaliseur et Zéphyrin, lors de la Saint-Verhaegen de 1938.
Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.
50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

Le Cercle Novelty

En janvier 1928, Bruxelles Universitaire publia un article attribué au Cercle Novelty. S'il s'agissait très probablement d'une parodie, celle-ci indique comment les Noveltistes étaient perçus et pourquoi les Poils du B.U. souhaitaient à ce point leur... guérison rapide.




Bruxelles Universitaire, janvier 1928
Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.
50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.


jeudi 22 août 2013

Réforme de l'Association générale en 1926

Jusqu'en 1925, l'Association générale n'était globalement qu'un Cercle parmi d'autres et se chargeait, pour l'essentiel, d'organiser les festivités de la Saint-Verhaegen et d'éditer le mensuel Bruxelles Universitaire.

Chacun pouvait s'exprimer lors des assemblées générales de l'Association. En cas de débat houleux, cette tribune libre pouvait avoir le désavantage d'amplifier les tensions. Ce fut notamment le cas le 1er février 1926 : une centaine de Poils se divisèrent sur la nécessité de blâmer l'un d'entre eux, ce qui entraîna la chute du comité (Bruxelles Universitaire du 27 février 1926). L'A.G. apparaissait alors divisée et affaiblie.

La désorganisation qui régnait au sein de l'Association générale finit, en 1926, par menacer la tenue-même de la Saint-Vé.

Face à cette situation, des Poils - emmenés par le Camarade Morissens - réagirent rapidement et décidèrent de transformer l'ancienne A.G. en un comité capable de représenter le corps estudiantin. Désormais, seuls les présidents de Cercle, secondés par leur secrétaire, s'exprimeraient au nom de leur groupement et seuls ces présidents auraient le droit de vote (vote dont ils auraient à rendre compte auprès de leurs mandants).

Il fut également décidé que le Bureau n'aurait qu'un rôle exécutif et que ses membres pouvaient être immédiatement révoqués en cas de manquement. On retrouve dans ce dernier point l'exigence libertaire du "mandat impératif".

Cette nouvelle organisation semble avoir assez vite donné des résultats : la Saint-Vé est efficacement mise sur pied ainsi que la séance théâtrale "Cette A.G. critique" ; des contacts sont établis avec l'Union des Anciens Etudiants ; les rubans facultaires sont adoptés pour les pennes et les bérets ainsi qu'un écusson propre à l'ULB...

C'est donc en 1926 qu'on voit apparaître une structure très proche de celle que l'Association des Cercles Etudiants connaît encore aujourd'hui.

Le Bruxelles Universitaire du 11 novembre 1927 revient sur cette réforme importante de l'organisation faîtière des Cercles. 










mercredi 21 août 2013

Impressions d'examen

Qu'elle se manifeste sous l'apparence d'un chapeau haut de forme ou d'un tuyau coudé, la Buse hante les caricatures estudiantines.

Le rapace crétin sévissait déjà à l'époque des Crocodiles : la plus vieille représentation de Buse que l'on connaisse figure en effet dans le journal Le Crocodile du 7 août 1853.

Si l'on connaît l'âge du zosieau ainsi que son goût pour les chapeaux et les tubes, son biotope reste un mystère. Et pour cause : on ne possède que très peu de dessins des amphithéâtres et des salles d'examen où la Buse esquisse ses premiers battements d'ailes.

Bruxelles Universitaire de décembre 1927 tâche d'y remédier avec une caricature d'un humour très noir (voire de mauvais goût) : le jour de l'examen, l'étudiant va se faire torturer sur une chaise... électrique ; une bouteille de rhum et une boîte de cigares attendent le "condamné".

Les amateurs apprécieront ce croquis en noir et blanc (d'ailleurs le seul de ce style publié par le B.U.) : la figuration du prof et de sa victime en ombres chinoises donne le rôle principal à la chaise.

La signature de l'auteur est malheureusement illisible.

Extrait du Bruxelles Universitaire de décembre 1927.

 
A la Une du Bruxelles Universitaire d'avril 1928, le Clebs Phétide (alias Francis André) aborde lui aussi le supplice de l'examen. Sous son crayon, un Poil vit ses derniers instants lors d'un examen au fond d'une crypte : "Vae victis !", "Malheur aux vaincus !"
 
Un ange s'apprête à coiffer le héros d'une Buse, tandis que les saints l'attendent aux champs Elysées avec un tonneau et une chope. Tous les acteurs de la scène portent la penne, sauf le prof (qui porte sa croix).
 
Dessin de Clebs Phétide, en Une du Bruxelles Universitaire d'avril 1928.

Le Cercle aéronautique

En décembre 1927, Bruxelles Universitaire annonce la fondation de la "Section de Propagande Aéronautique". Comme son nom pétaradant l'indiquait, ce Cercle était une section de l'Association générale des étudiants (alors présidée par le Camarade Morissens).

Extrait du Bruxelles Universitaire de décembre 1927.

Quelques mois plus tard, dans le Bruxelles Universitaire de mai 1928, Bizuth se moque - à coups de crayon - de la construction de l'imaginaire premier avion du Cercle aéronautique.

Dessin de Bizuth dans le Bruxelles Universitaire de mai 1928.

jeudi 1 août 2013

Combien de strophes à l'Hymne des étudiants ?

Ainsi qu'il le raconte dans ses Souvenirs d'un journaliste (publiés à titre posthume, en 1959), Georges Garnir écrit l'Hymne des étudiants dans l'urgence, peu avant la Saint-Verhaegen 1890 lors d'un conflit qui oppose étudiants et autorités académiques. Lorsque ses vers furent "coulés dans le moule d'acier d'un rythme définitif", Charles Mélant appliqua sur ceux-ci l'air d'une marche militaire. Le texte de Garnir remplaça alors le premier Chant des étudiants, écrit par le professeur Wittmeur, dont un discours avait été jugé blessant au cours du conflit.

A la fin du 19ème siècle, les éditions bruxelloises Schott Frères ont publié une partition de l'Hymne des étudiants, aussi appelé Chant des étudiants, qui ne comporte que deux couplets. Le troisième, celui qui dénonce le dogmatisme du clergé, n'y figure pas.

Le dessin de cette partition représente étrangement des étudiants allemands.
Document transmis par Xavier Hubaut.

 
A la même époque, un second éditeur bruxellois, J.-B. Katto, a, lui, édité une autre partition de l'Hymne des étudiants, qui est bien composée des trois couplets.

Sur cette partition, on reconnaît
les anciens bâtiments de l'ULB, rue de l'Impératrice.
Image empruntée à Quevivelaguindaille.be

Malheureusement, les archives tenues à cette époque par les maisons Schott Frères et Katto ont été détruites et aucune des deux partitions n'est datée. Il est donc malheureusement impossible de savoir avec certitude laquelle des deux est l'originale. 

Ce que dit Garnir

George Garnir explique dans ses Souvenirs d'un journaliste que, lors de la première exécution publique de l'Hymne à la Saint-Vé de 1890, le premier couplet fut mal interprété par les étudiants présents. Avant d'ajouter : "Mais au second couplet, on s'était donné rendez-vous au point d'orgue ; chacun s'était ressaisi, grâce à la franchise du rythme et à la bonne musicalité de l'œuvre de Mêlant."


L'emploi des termes "second (et donc théoriquement dernier) couplet" et "point d'orgue" par Garnir sous-entend qu'il n'y avait que deux couplets, comme dans la partition vendue par Schott frères...

Cependant, quelques lignes plus loin, Garnir évoque le fameux troisième couplet, qu'il dit avoir chanté des années plus tard avec de vieux Camarades : "Depuis, j'avais un peu oublié le Chant des étudiants. L'autre jour, après avoir dîné avec de vieux amis d'université, nous avons feuilleté des chansons de jeunesse dans des cahiers fatigués ; le hasard a remis sous nos yeux la musique de Mélant... Nous avons chanté ensemble, avec des voix dont plusieurs chevrotaient déjà séniles... Quand nous arrivâmes à Rome tremble et chancelle Devant la vérité... nous sourîmes malgré nous..." (Souvenirs d'un journaliste, 1959)

Recherches récentes

L'édition de deux partitions différentes ainsi que l'imprécision de Garnir auraient pu nous laisser penser que le virulent troisième couplet avait été ajouté au texte original à une date inconnue.

Mais les récentes recherches du Camarade Xavier Hubaut ont bien confirmé l'existence de la troisième strophe dès la première interprétation de l'Hymne des étudiants. Les trois couplets et le refrain de l'Hymne figurent en effet été in extenso dans le Journal des Etudiants de décembre 1890 et dans l'Echo des Etudiants du 16 octobre 1893.


L'édition de Schott Frères

Deux éléments nous incitent à croire que l'Hymne des étudiants a sans doute été édité pour la première fois chez Schott Frères.

Tout d'abord, c'est à cette maison que Charles Mélant avait déjà confié l'impression de la Marche des étudiants, une composition antérieure.

Charles Mêlant était déjà l'auteur du Calme de la Nuit, de Nocturne, d'Ouragan Galop.
Partition empruntée à Quevivelaguindaille.be

Ensuite, en 1907, la Revue universitaire republie fidèlement la partition de l'Hymne, avec - nous dit une note de bas de page - "l'autorisation spéciale de la maison Schott frères à Bruxelles. Tous droits d'exécution publique, de reproduction et d'arrangements réservés". La mention d'une telle autorisation pourrait indiquer que Schott est le premier éditeur de l'Hymne.

Document transmis par Xavier Hubaut.

L'édition de J.-B. Katto

Néanmoins, l'Hymne original comportant d'emblée les trois couplets, il serait plus probable que l'édition princeps de l'Hymne ait été imprimée par Katto.

Un autre point pourrait également accréditer l'idée que Katto est le premier imprimeur : la partition diffusée par cet éditeur porte l'indication "Nouveau chant universitaire", signalant qu'il remplace le texte écrit par Wittmeur. Toutefois, si la partition de Schott Frères indique seulement "Chant universitaire", il ne faudrait pas en conclure trop vite que cette maison ne pouvait se targuer d'éditer un nouvel air. En effet, lorsque la Revue universitaire reproduit - avec exactitude - la partition de Schott, elle précise bien - elle - qu'il s'agit du "nouveau" chant universitaire alors qu'elle le publie en 1907, soit bien après la querelle de 1890...

Points de suspension

Nous n'avons pas encore tranché qui de Schott Frères (avec les deux couplets) ou de Katto (avec les trois) est le premier à avoir tiré l'Hymne sur ses presses. Mais c'est un détail car nous savons que, dès sa première exécution, le chant comportait le sulfureux "Une aurore nouvelle / Grandit à l'horizon. / La Science immortelle / Eclaire la Raison. / Rome tremble et chancelle / Devant la vérité / Serrons-nous autour d'elle / Contre la papauté."

Si Schott a été le premier éditeur de l'Hymne, il reste à savoir pour quelles raisons il a censuré le troisième couplet. Était-il trop incendiaire pour l'époque ou... pour la clientèle ?

"Le pape, combien de divisions ?", demanda Staline... Il n'eut pas de réponse. A la question "Le Semeur, combien de couplets ?", on peut répondre "Trois !", sans hésiter. 

jeudi 18 juillet 2013

Cette A.G. critique

Le 30 mars 1927, l'Association générale donne une Revue au théâtre Varia, à Bruxelles : "Cette A.G. critique". Le délire s'empare de la salle et du bar. Il faut dire que c'est assez haut en couleur et assez grivois pour l'époque. Et que c'est assez critique au sujet du déménagement de l'Université du centre-ville au Solbosch.

La vieille Université de la rue des Sols se vide peu à peu de ses étudiants et les bâtiments se dégradent. C'est un spectacle déchirant pour beaucoup de Poils qui y ont étudié et qui ont guindaillé dans les quartiers voisins. Une chanson propose d'ailleurs mettre un terme à ce supplice : S'il faut qu' ça brûle, eh bien j' donn' le pétrole, / à moins qu' ça tomb' tout seul rue des Sols. Un chien pourrit dans un' des petit's cours. / Si ça dur' ça s'ra mon tour. 

La nouvelle Université est trop éloignée du centre ("Partez une heure avant, c'est prudent"). Ses bâtiments - l'Usine - sont jugés labyrinthique ("Faut toujours un plan dans sa poche") et vilains ("on put voir dans les boues du Solbosch / Que le gosse était venu bien mioche").

Nous ne présentons ici que les pages les plus significatives du programme de cette Revue, composée de deux prologues et de trois tableaux. Le tout joué par des Poils aux pseudonymes savoureux.








Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.
50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

Et un zoom sur une caricature due à Bizuth.



C'est toute l'exubérance de cette Revue qui renaît à la lecture du compte-rendu qu'en donne le Bruxelles Universitaire de mai 1927.




Ce document provient
du Service Archives, Patrimoine et Collections spéciales de l'ULB.
50 avenue Franklin Roosevelt à 1050 Bruxelles.

lundi 15 juillet 2013

Résistance : le square Groupe G

Le 17 novembre 1994, à l'occasion de la célébration des 50 ans de la Libération, le Cercle du Libre Examen, l'Association des cercles étudiants (ACE) et le Bureau des étudiants administrateurs (BEA) organisent une cérémonie en hommage au Groupe G, un groupe de résistants né à l'ULB. Un monument provisoire en bois est fleuri en présence de Jean-Louis Servais, membre du bureau de l'Association générale des étudiants en 1941 et ancien du Groupe G.

Un feuillet

Peu avant la Saint-Vé 1994, le Librex réalise un feuillet de quatre pages destiné à tous les étudiants. Il y présente l'activité du Groupe G qui se caractérise par son ancrage ulbiste, son esprit scientifique, la contradiction interne, la réflexion sur les conséquences des actions et un recrutement ouvert (au-delà des barrières idéologiques). 

L'action la plus remarquable du Groupe G reste sans doute la "Grande coupure" de janvier 1944. Le Groupe sabote alors 28 pylônes électriques situés en Belgique, qui alimentent de nombreuses entreprises allemandes.

Le feuillet aborde aussi brièvement les Partisans armés, de tendance communiste, qui se chargent de l'exécution des collaborateurs importants, comme l'ancien dirigeant du Cercle du Libre Examen Louis Fonsy.

 

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Une médaille et un monument

De leur côté, en 1994, l'ACE et la Brussels Studentengenootschap font frapper une médaille de Saint-Verhaegen en l'honneur du Groupe G.

Médaille de la Saint-Vé 1994. Photo Collectiones Studenticae.

Il était prévu dès l'origine d'édifier un monument définitif là où s'était déroulée la cérémonie du 17 novembre 1994 mais ce projet sombra peu à peu dans l'oubli. Il fallut attendre le 19 novembre 1996 pour assister à l'inauguration du monument définitif, édifié grâce au travail du BEA et à la souscription publique qu'il a lancé.

Le monument est composé d'une pyramide de pierre grise et de douze colonnes en métal, qui sont autant de symboles maçonniques. Deux des faces de la pyramide sont brutes et la troisième est polie ; ce qui rappelle que l'Homme peut s'améliorer. Quant à elles, les colonnes sont brisées, en souvenir des femmes et des hommes qui sont tombés dans la lutte pour leurs libertés.

Enfin, la pierre évoque le passé et le métal l'avenir. Le message est clair : le combat pour la liberté de pensée est permanent.

Vue partielle du monument du square Groupe G. Photo Franz André, 2013.

dimanche 14 juillet 2013

George Garnir fut-il Nébuleux ?



Dans ses Souvenirs d'un revuiste (1926), George Garnir (1868 - 1939) - l'auteur du Semeur - évoque la revue étudiante Eendracht maakt macht lancée en février 1888. Elle fut, dit-il, "l'Alma Genetrix de toutes les autres revues universitaires : elle fixa le type de l'étudiant littérateur, de l'étudiant en vadrouille, de l'étudiant bloqueur et de l'étudiant gosse. Elle inaugura les parodies des leçons professorales." 

Au détour d'une ligne, Garnir nous dit que cette revue "en quelques actes et autant de tableaux" fut jouée par "les premières étoiles du Cercle "Les Nébuleux"", fondé en octobre 1887.

Or, quelques paragraphes plus loin, le même Garnir indique qu'il a participé à la rédaction de la revue : "Les auteurs d'Eendracht ? Ils étaient trois et même quatre, tous Montois : Fernand Robette, Fernand Dessart et Maurice Carez ; j'y avais aussi mis la main, mais c'est une main qui ose à peine", écrit-il.

Et de signaler également que c'est dans Eendracht qu'il fit ses débuts chorégraphiques : Gustave Dryepondt et lui furent "les deux premières danseuses mâles qui se soient fait applaudir à l'Eden de la rue de la Croix-de-Fer par un public idolâtre".

Reprenons : une pièce jouée par les Nébuleux, que Garnir a co-écrit et dans laquelle il a dansé... Cela suffit-il pour affirmer que Garnir a fait partie du fameux Cercle des Nébuleux ? Clairement, non.

Cependant le doute subsiste. Car si George Garnir ne mentionne plus jamais les Nébuleux ni dans ses Souvenirs d'un revuiste ni dans ses Souvenirs d'un journaliste, cela ne signifie pas pour autant qu'il n'en pas été membre. Garnir est en effet assez discret sur l'ensemble de son parcours universitaire. Ainsi, il ne parle pas non plus de ses études de droit. Et il n'évoque que de loin le Journal des étudiants qu'il lance en 1888 avec le futur sénateur Henri Disière. Il pourrait cependant être content de cette publication : il y a fait ses armes de journaliste et elle s'est maintenue jusqu'en 1914. 

De la même manière, s'il détaille le conflit de 1890 qui oppose les étudiants et les autorités académiques après le refus d'une thèse en philosophie, Garnir ne fait que citer le comité de la Permanente (l'ancêtre de l'Association générale des étudiants), qu'il anime à ce moment-là vigoureusement avec Louis de Brouckère, Paul-Emile Janson et quelques autres. (George Garnir, Souvenirs d'un revuiste)

Enfin, il faut attendre 1959 et la publication posthume des Souvenirs d'un journaliste, pour trouver l'histoire du Semeur sous la plume de Garnir. Et encore, il la résume en quelques paragraphes teintés d'humour, alors qu'il aurait également pu se féliciter de la pérennité de ce chant, écrit lors du conflit de 1890.

On l'aura compris, ce n'est pas Garnir qui nous confirmera son appartenance aux Nébuleux. Hélas, Charles Sillevaerts, le seul Nébuleux à avoir consacré plusieurs pages à son Cercle (In illo tempore, 1963), lui non plus, ne livre rien sur Garnir. Cela dit, Sillevaerts ne mentionne le nom d'aucun de ses Frères dans ses mémoires... L'adhésion de Garnir aux Nébuleux n'est donc pas exclue. Mais elle reste à prouver.